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Au coeur de Rome se dresse le Monument à Victor-Emmanuel II construit pour célébrer le Padre della Patria et l’unité d’Italie. Dans ses fondations, comme pour illustrer l’unicité d’un peuple éparpillé sur les routes de l’émigration, se trouve le Musée national de l’émigration italienne. Fondé à la fin des années 1960, le musée présente la diversité des expériences migratoires, tant intercontinentales, internationales que régionales, et les replace dans le contexte de l’unité nationale.

Le dicton attribué à Massimo d’Azeglio juste avant sa mort en 1866, Fatta l’Italia, bisogna fare gli Italiani (l’Italie est faite, maintenant il faut faire les Italiens), montre bien que l’unification ne fut pas un événement limité et ponctuel de l’histoire, mais un long et laborieux processus. Si les quatre pères de la patrie italienne ont fait l’Italie, les millions d’émigrants ont contribué à « faire les Italiens », de manière souvent méconnue, en emportant avec eux leurs valeurs et leurs traditions, en les mettant en relation avec les divers styles de vie des pays d’accueil et en créant une nouvelle identité et appartenance, souvent bi-nationale. Sans la reconnaissance du rôle joué par les émigrants, l’histoire de l’Italie serait certainement incomplète.

Il est essentiel de se rappeler que des millions de paysans furent chassés de leurs terres par la pauvreté et que des millions de travailleurs préférèrent quitter un pays qui ne leur offrait pas de perspective, et que ce pays utilisa cette émigration pour maintenir une faible pression sociale et pour développer la croissance économique et le tissu de la société italienne.

Ces émigrants, dans le souvenir douloureux de leur terre laissée derrière eux, réussirent à harmoniser leurs particularités et leurs différences régionales afin de créer une identité commune d’Italiens « à l’étranger ». En ne gardant que le meilleur de leur pays d’origine et en ne prenant que le meilleur de leur pays d’accueil, ils façonnèrent une certaine image de l’Italie et ils contribuèrent à « faire les Italiens » restés au pays.

Le musée offre un parcours illustré de photographies et de documents d’époque retraçant les différentes étapes du voyage, ainsi que les différentes vagues d’émigration. Il commence par les origines de l’émigration italienne, avant et après l’unification, ainsi que les actions prises par le gouvernement nouvellement créé.

Il décrit ensuite en détail l’émigration de masse vers les Etats-Unis de 1876 (date à laquelle le phénomène fut statistiquement enregistré) à 1915, en partant des préparatifs du voyage, en passant par les ports de partance, les déchirements familiaux, le voyage en bateau, les naufrages, les formalités à l’arrivée, les conditions de travail et de vie, pour finir par l’intégration progressive dans le pays d’accueil.

L’exposition continue avec les conséquences de la Première Guerre mondiale, les retours au pays pour participer au conflit dans l’armée italienne, la reprise des flux migratoires à la fin de la guerre, les nouvelles lois d’immigration restrictives des Etats-Unis et la crise de 1929 (qui provoquèrent la cristallisation des communautés italiennes sur le continent nord-américain et la prédominance du nord de l’Europe comme nouvelle destination), et finalement la position du régime fasciste face au phénomène d’émigration avec le peuplement des colonies et les accords germano-italiens d’échange de main-d’oeuvre italienne contre des matières premières allemandes. Le musée décrit aussi la tragédie de juillet 1940, lorsque le paquebot britannique Arandora Star fut coulé par les sous-marins allemands avec, à son bord, 1 216 prisonniers allemands et italiens, dont seuls 586 purent être sauvés.

Viennent ensuite les trente ans qui suivirent la Seconde Guerre mondiale. Le musée explique les accords bilatéraux entre l’Italie et les pays d’accueil, qui reprenaient la politique d’échange du régime fasciste. Il décrit aussi les filières clandestines à travers les Alpes ou celles qui conduisaient aux Etats-Unis. Enfin, il parle des migrations internes: des zones rurales aux centres urbains, des régions défavorisées du sud au triangle industriel du nord.

Finalement, le musée aborde la période de ces trente dernières années, avec le changement de profil des émigrants et de leurs motivations. Il donne les données statistiques sur la population actuelle des Italiens à l’étranger, leurs provenances et leurs destinations.

Le musée expose aussi des objets ayant appartenu à des émigrants, des passeports, des valises, des lettres personnelles écrites depuis l’étranger, des cartes postales. C’est un parcours dans un passé de misère, un présent parsemé d’embûches et un avenir meilleur.

Roma - Author: NordNordWest

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