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Chiesa di San Ivo

La magnifique église baroque Sant’Ivo est située au bout de la cour du Palazzo della Sapienza (Palais du Savoir) qui, jusqu’en 1935, était le siège de l’Université de Rome. Cette dernière fut fondée en 1303 par le pape Boniface VIII et fut étendue à un certain nombre de bâtiments près de l’église San Eustachio, derrière le Panthéon.

Au XVIe siècle, des travaux commencèrent pour consolider l’université en une structure unique. Le pape Grégoire XIII chargea l’architecte Giacomo Della Porta de créer une colonnade à deux étages pour entourer la cour. Malheureusement, Della Porta mourut en 1602 avant d’avoir pu terminer son projet. Trente ans plus tard, l’architecte Francesco Borromini remporta la commission soumise par le pape Urbain VIII pour terminer le Palazzo della Sapienza et construire l’église Sant’Ivo. Les travaux commencèrent en 1642 et se poursuivirent sous le parrainage de deux autres papes, Innocent X et Alexandre VII qui consacra l’église en 1660.

Palazzo_della_Sapienza - Author: Jensens

Une des caractéristiques des oeuvres de Borromini est son utilisation de surfaces convexes et concaves qui jouent les unes avec les autres, les unes contre les autres. En entrant depuis La Sapienza, on découvre la façade extérieure de Sant’Ivo, en marbre et en travertin, qui s’élève gracieusement au bout de la longue cour. Borromini a magnifiquement réussi à prolonger l’oeuvre de Della Porta en créant une façade incurvée, percée de fenêtres encadrées dans des arches qui rappellent celles des colonnades du palais. Au sommet, le tambour qui abrite le dôme s’élève pour soutenir la lanterne. Les deux sont de forme hexagonale, mais alors que les côtés du tambour sont convexes, ceux de la lanterne sont concaves.

SapienzaCupola - copyright free

L’ensemble est couronné par une flèche unique à Rome. Elle ressemble à un escalier en colimaçon qui rappelle les frises sur les colonnes de Trajan et de Marc-Aurèle. Le haut de la flèche est orné d’une couronne de laurier, d’un globe de bronze, d’une colombe et d’un crucifix. Certains spéculent que Borromini s’inspira d’une coquille de conque qu’il conservait sur son bureau, d’autres de dessins de la tour de Babel. D’autres encore ont comparé la flèche au dard d’une abeille, symbole de la famille Barberini de laquelle était issu Urbain VIII. Une autre interprétation, qui me semble plus juste en raison des flammes en pierre qui entourent la flèche, est que l’église serait un phare pour les chrétiens dont le chemin illuminé à parcourir pour arriver à Dieu serait la flèche, elle-même représentant du phare d’Alexandrie.

Il est à noter que Borromini honora tous les papes qui contribuèrent à la construction de l’église en intégrant les symboles de leur famille sur les façades extérieures et intérieures.

Cupola_sant_Ivo - Author: Jastrow

En entrant dans l’église, on comprend facilement pourquoi les historiens d’art la considèrent comme le chef-d’oeuvre de Borromini. Une fois encore, on voit l’alternance de surfaces concaves et convexes, ainsi que la variété de figures géométriques, harmonieusement unies pour concrétiser la beauté des mathématiques et de ses formes universelles.

Dans le petit espace carré qui lui servit de base pour planifier l’église, Borromini superposa deux triangles l’un sur l’autre pour former une énorme étoile de David et créer un plan d’étage hexagonal au centre. Les pointes de l’étoile, cependant, sont arrondies en plan soit convexe, soit concave, et forment des niches qui montent en direction du dôme. Ce dernier est segmenté en six sections, chacune décorée en alternance avec le symbole de la montagne surmontée d’une étoile de la famille Chigi du pape Alexandre VII et le blason des Barberini. Au sommet, les nervures décorées de l’étoile des Chigi convergent en un cercle parfait qui forme la base de la lanterne.

Interior_sant_Ivo - Author: Jastrow

Alors que l’église est un chef-d’oeuvre baroque, elle n’offre pas les ornementations voyantes et dorées habituelles des oeuvres architecturales de cette période. Les murs sont sombres et peints en blanc, ce qui non seulement agrandi le volume, mais donne à l’ensemble une impression d’apesanteur irréelle, plaisante à la fois à l’oeil et à l’esprit.

L’autel, dédié au patron des juristes, Saint Yves, est de Giovan Battista Contini. Il abrite une peinture d’un des rivaux de Borromini, Pietro da Cortona, intitulée Sant’Ivo, Leone, Pantaleone, Luca e Caterina d’Alessandria in Gloria di angeli.

Roma - Author: NordNordWestLien externe

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