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Distruzione dell'abbazia di Montecassino

La bataille du mont Cassin est une série de quatre assauts effectués entre le 17 janvier et le 18 mai 1944 par les Alliés contre la ligne Gustave tenue par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Le but était de percer la ligne pour atteindre Rome et de rejoindre les forces débarquées à Anzio. La ligne Gustave s’étendait sur plus de 150 km au niveau le plus resserré de la péninsule, entre l’embouchure du fleuve Garigliano dans la mer Tyrrhénienne et celle du Sangro dans l’Adriatique, et traversait les Apennins en passant par la ville de Cassino et le mont Cassin. Elle était fortifiée avec des forteresses en béton, des canons, des mitrailleuses et des lance-flammes, du fil de fer barbelé et des champs de mines. C’était la plus solide des lignes de défense des Allemands au sud de Rome.

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L’abbaye de Montecassino, fondée en 529 par Benoît de Nursie, dominait Cassino et l’entrée de la vallée du Liri qui représentait la voie la plus évidente pour arriver à Rome, et tous les belligérants la considéraient comme un poste d’observation primordial. Il était donc impératif pour les Alliés de contrôler le mont et le monastère, et pour les Allemands de les conserver. Mais, à cause de son importance historique, les Allemands avaient décidé de ne pas inclure le monument dans leur ligne de défense et le maréchal Albert Kesselring avait averti le Vatican en conséquence dès décembre 1943. Ils avaient néanmoins disposé des positions de défense sur les pentes abruptes du mont.

Le Xe corps britannique, le IIe corps américain et le corps expéditionnaire français menèrent le premier assaut pendant quatre semaines, sans succès. Le 11 février, ils se retirèrent et furent remplacés par le corps néo-zélandais, composé de la IIe division néo-zélandaise et de la IVe division d’infanterie indienne. Dans un premier temps, ils essayèrent de reprendre la stratégie utilisée lors du premier assaut, c’est-à-dire d’effectuer un mouvement de tenaille par le nord et le sud de Cassino, mais les Indiens n’étaient pas suffisamment préparés à combattre en milieu montagneux et ils furent bloqués au pied du mont.

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Dans ce contexte, les Alliés prirent une des décisions les plus controversées de l’ensemble du conflit: le bombardement du monastère. Ils ne savaient pas si l’accord passé entre les forces de l’Axe et le Vatican de rester en dehors de l’abbaye avait été respecté et certains membres de l’état-major pensaient que la ligne Gustave était imprenable uniquement parce que l’abbaye était utilisée comme poste d’observation d’artillerie. D’autres conclurent que, même si le monastère n’était pas occupé, il devait être bombardé pour empêcher une éventuelle future occupation.

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Rétrospectivement, le lieutenant-général Mark Wayne Clark, à qui le commandant en chef des forces alliées en Italie, le général Harold Alexander, avait ordonner de planifier le bombardement, admit que cette décision fut une erreur tragique de tactique militaire, ainsi qu’une honte du point de vue moral, car le bombardement ne fut pas seulement inutile, mais il fournit en plus aux Allemands un abri précieux, typique de la guérilla urbaine, qui leur permit de tenir la position plus longtemps que s’ils avaient dû rester dans leurs postes de défense sur les flancs du mont, provoquant ainsi de lourdes pertes aux forces alliées.

Le major-général Francis Tuker, dont la division indienne avait pour mission d’attaquer le mont, trouva les plans de l’abbaye dans un livre datant de 1879 dans une librairie de Naples. En étudiant la hauteur (45 mètres) et l’épaisseur (3 mètres) des murs de maçonnerie, il conclut que les ingénieurs artificiers ne pourraient rien faire directement sur le terrain et que seules les bombes « blockbuster » pourraient détruire les bâtiments.

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Le 15 février 1944, le berceau de l’ordre de Bénédictins, un des plus grands centres du rayonnement spirituel et intellectuel européen, fut réduit à un tas de gravats en l’espace de trois heures. 142 Boeing B-17 Flying Fortress, 47 North American B-25 Mitchell et 40 Martin B-26 Marauder lancèrent 1 150 tonnes d’explosifs et de bombes incendiaires sur l’abbaye. Entre chaque assaut, l’artillerie alliée pilonnait la montagne. Beaucoup de soldats alliés et de journalistes se réjouirent du spectacle, mais Clark et son chef d’état-major, le major-général Alfred Gruenther, refusèrent d’y assister et restèrent dans leur quartier général.

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Le bombardement tua de nombreux civils qui avaient cherché refuge dans l’abbaye. Les rescapés, conduits par l’abbé Gregorio Diamare, fuirent les ruines et traversèrent la ligne de front pour se réfugier côté allemand. Quelques soldats allemands et quarante soldats de la division indienne furent également tués lors du bombardement, principalement à cause de l’imprécision des tirs. Il est estimé que seuls 10% des bombes lancées par les B-17 touchèrent le monastère. Clark, resté dans son quartier général à 27 km du mont Cassin, manqua d’être tué lorsqu’une bombe explosa à quelques mètres de lui.

Le lendemain, malgré les destructions, l’attaque de la division indienne échoua. Le bombardement n’avait pas été coordonné avec les préparations terrestres et la division indienne fut prise par surprise. Les Allemands investirent immédiatement les ruines qui se transformèrent en pièges pour les Alliés et en refuge pour leurs soldats. Les Alliés réussirent à prendre la gare de Cassino, mais la perdirent le 17 février, lors d’une contre-attaque allemande. La deuxième phase de la bataille du mont Cassin était terminée.

Monte Cassino - Author: Bundesarchiv_Bild

Le troisième assaut commença le 15 mars par le lourd pilonnage de Cassino, mais l’imprécision des tirs fit plus de victimes côté allié que dans la population civile. Les divisions néo-zélandaise et indienne se lancèrent à l’assaut des ruines de la ville, mais rencontrèrent une défense féroce de la part des Allemands. Après huit jours d’avancée mètre par mètre, les Alliés se retirèrent, épuisés. Sur le front de Cassino, la division indienne compta 3 000 victimes et les Néo-Zélandais 1 600.

L’assaut final (appelé l’opération Diadem) fut mené par le IIe corps américain, le corps expéditionnaire français, les Xe et XIIIe corps britannique et le IIe corps polonais, avec le Ier corps canadien en réserve pour la percée de la ligne. Par ailleurs, le 6e corps américain basé à Anzio se tenait prêt à barrer la route aux Allemands en cas de retraite. Le nombre élevé des combattants faisait partie de la stratégie d’Alexander de monopoliser un maximum de troupes allemandes en prévision du débarquement en Normandie. Le mouvement des troupes et l’attente d’un printemps plus clément que le terrible hiver de 1944 retardèrent l’assaut à mi-mai.

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La bataille commença dans la nuit du 11 au 12 mai. La coordination et le courage de tous les corps d’armée alliés les menèrent à la victoire. La division polonaise en particulier se distingua par son courage: en charge de prendre le contrôle de l’abbaye, les Polonais rencontrèrent une telle résistance de la part des Allemands que leurs premiers bataillons furent entièrement décimés. Finalement, le 18 mai au matin, une patrouille de reconnaissance du XIIe régiment de lanciers polonais réussit à hisser le drapeau polonais sur les ruines de l’abbaye. L’opération Diadem fit 18 000 victimes américaines, 14 000 britanniques, 4 000 polonaises et 11 000 allemandes.

Le lendemain de la prise du mont Cassin, les goumiers du Corps expéditionnaire français commirent de nombreux crimes de guerre: pillages, viols et meurtres. En 1996, un rapport du sénat italien fait état de 2 000 femmes violées et de 700 hommes tués. De ces événements viennent les expressions populaires italiennes « marocchinate » (violée par un Marocain) et « marocchinare » (marocaniser). Alberto Moravia en fit la toile de fond de son roman La Ciociara, adapté en film par Vittorio de Sica dans La paysanne aux pieds nus.

La capture de Cassino permit aux Alliés de commencer l’avancée vers Rome qui tomba le 4 juin 1944. La position officielle du gouvernement américain sur le bombardement de l’abbaye de Montecassino changea au cours des vingt-cinq années suivantes. La mention de « la certitude de preuves irréfutables » de l’occupation de l’abbaye par l’armée allemande fut retirée en 1961 par l’Office of the Chief of Military History. Et pour le 20e anniversaire de la destruction du monument, une dernière correction fut faite dans les documents militaires qui conclurent que « l’abbaye n’était en réalité pas occupée par les troupes allemandes ».

Parmi les soldats polonais se trouvait le poète Feliks Konarski qui écrivit, encore sur le champ de bataille, son émouvant Czerwone maki na Monte Cassino (Les coquelicots rouges du mont Cassin) qui devint l’hymne officieux des Polonais. Et immédiatement après la cessation des combats au mont Cassin, le gouvernement polonais en exil à Londres créa la Croix de la Campagne du mont Cassin pour commémorer l’action des Polonais pendant l’assaut. Un imposant cimetière polonais a été aménagé en contre-bas du monastère, alors que les Commonwealth War Graves se trouvent à la périphérie ouest de Cassino. Les victimes françaises et italiennes sont enterrées dans la vallée du Liri, les américaines à Anzio. Le cimetière allemand est dans la vallée du Rapido, au nord de Cassino. En 2006, un mémorial a été inauguré à Rome en l’honneur des forces alliées.

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