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L’abbaye de Montecassino, fondée vers 529 par Benoît de Nursie, fut construite sur le mont dominant le bourg volsque de Cassinum. C’est ici que le saint écrivit, en 540, sa règle de vie qui fut diffusée dans toute la partie chrétienne de l’Europe et qui deviendra, à partir du IXe siècle, la règle de tous les monastères de l’Empire. Jusqu’au XIe siècle, les moines seront donc tous bénédictins. Tous les ordres religieux catholiques qui seront créés par la suite adopteront la règle de saint Benoît, en particulier l’ordre de Cîteaux en Bourgogne. Aujourd’hui, près de 24 000 bénédictins et 6 400 cisterciens suivent encore la Règle de saint Benoît.

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Plusieurs fois, au cours des siècles, l’abbaye fut pillée, saccagée, brûlée ou détruite, mais elle fut toujours reconstruite et resta un lieu de rayonnement spirituel, intellectuel et culturel à travers les siècles.

La première destruction eut lieu vers 577 par les soldats lombards du duc de Bénévent. Certains moines furent massacrés et les survivants se réfugièrent à Rome où le pape Pélage II leur permit de bâtir un monastère près de Saint-Jean-de-Latran. Pendant plus de cent ans, le monastère resta abandonné, jusqu’à ce que le pape Grégoire II envoie en 717 le moine Petronax qui organisa sa reconstruction. Considéré comme le « second fondateur du Mont-Cassin », le nouvel abbé continua l’oeuvre de saint Benoît et l’abbaye connut une période de grande splendeur et de prospérité. En 744, un don du duc Gisulf II du Bénévent créa la Terra Sancti Benedicti, la seigneurie laïque de l’abbaye, qui était soumise directement à l’abbé et qui permit au monastère de devenir la « capitale » d’un petit état dans une région stratégique entre le duché du Bénévent et les états byzantins de la côte.

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Petronax fut aidé dans sa tâche par le moine saxon Willibald d’Eichstatt et il hébergea des hommes pieux de grand renom, comme le moine Sturmius, fondateur de l’abbaye de Fulda, et Carloman, fils de Charles Martel et fondateur du monastère du mont Soracte. Anselmo, l’abbé de Nonantolo, y passa sept années lors de son exil et Paul Diacre s’y retira en 786 pour écrire son Histoire des Lombards.

En 856, le futur saint Bertario devint abbé. C’était une période critique, dix ans après le sac de Rome, pendant laquelle les Sarrasins menaçaient l’Italie centrale et méridionale. Bertario fortifia l’abbaye avec d’immenses murs et des tours de défense dès le début de son abbatiat. A partir de 873, les Sarrasins avancèrent dans les Appenins. En 882, ils détruisirent l’abbaye de San Vincenzo al Volturno, puis le 4 septembre, ils attaquèrent et incendièrent Montecassino. La communauté réussit à s’enfuir, mais alors que les moines partaient se réfugier à Teano, Bertario décida de rester avec quelques fidèles au monastère de San Salvator, au pied du mont. Le 22 octobre 883, les Sarrasins attaquèrent San Salvator et tuèrent tous les réfugiés, mettant fin pour quelques décennies à l’activité de l’abbaye.

En 949, sur les ordres du pape Agapet II, elle fut reconstruite et atteignit le sommet de sa gloire sous l’abbé Desiderio (le futur pape Victor III) qui la dirigea de 1058 jusqu’à sa mort en 1087. Il fit décorer les bâtiments du monastère de fresques et de mosaïques par des artistes venant d’Amalfi et de Lombardie. L’église abbatiale, entièrement reconstruite et admirablement décorée de fresques et de mosaïques, fut consacrée par le pape Alexandre II en 1071. Selon le chroniqueur Léo d’Ostie, l’abside, les arcs et le vestibule de la basilique furent décorés par des artistes byzantins que Desiderio fit spécialement venir de Constantinople.

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Par ailleurs, Desiderio créa un scriptorium, une école d’enluminure et une bibliothèque avec des manuscrits enluminés qu’il fit venir de Constantinople. Actuellement, la bibliothèque du monastère contient 25 000 volumes anciens (dont 198 incunables et 3 000 datant du XVIe siècle), 85 000 volumes modernes et 300 revues et quotidiens. L’abbé favorisa également la diffusion de l’écriture livresque bénéventaine et il organisa des ateliers pour travailler l’or, l’argent, le bronze, le fer, le verre, l’émail, l’ivoire, le bois, le plâtre ou la pierre, afin que les connaissances des anciens ne soient pas perdues.

Malheureusement, cet admirable travail fut totalement détruit, à l’exception de deux fragments représentant des lévriers, par le tremblement de terre de 1349 et il n’en resta que quelques murs. Malgré sa reconstruction en 1366, elle connut une période de déclin due à l’interférence épiscopale dans sa direction et, en 1505, le monastère fut rattaché à celui de Santa Giustina di Padova.

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Au XVIIe siècle, l’abbaye devint un monument typique de l’art baroque napolitain, grâce aux peintures de nombreux artistes tels que Luca Giordano, Francesco Solimena, Francesco de Mura et Giovanni de Matteis. En 1799, l’abbaye fut saccagée par les troupes de Napoléon, mais dès son entrée dans la nouvelle nation italienne en 1866, elle fut déclarée monument national.

Le 15 février 1944, lors de la Seconde Guerre mondiale, la totalité du monastère fut détruite par les bombardements alliés. Il n’en resta que des ruines fumantes. Les travaux de reconstruction durèrent dix ans et furent entièrement financés par l’état italien. Ils furent confiés à l’ingénieur Giuseppe Breccia Fratadocchi suivant le programme Dove era, come era de l’abbé reconstructeur Ildefonso Rea. Dans les années 1980, la basilique fut décorée de fresques du peintre Pietro Annigoni.

montecassino - Author: archives du monastère

L’abbaye fut reconsacrée en 1964 par le pape Paul VI. Le 24 mai 2009, lors du 65e anniversaire du bombardement, le pape Benoît XVI rendit visite à Montecassino. Il pria sur la tombe de celui dont il avait pris le nom et rappela l’importance de l’éducation culturelle dans le monde.

Après tant de vicissitudes, Montecassino peut vraiment être associé à l’image symbolique d’un chêne qui, même plié par la tempête, renaît toujours avec une force intacte. Succisa virescit.

Cassino - Author: NordNordWest

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