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Abbazia di Farfa

En 554, l’évêque de Spolète, Laurent de Syrie, fonda une petite communauté religieuse dans la vallée de la rivière Farfa au nord de Rome, comprenant une basilique et quelques bâtiments monastiques, mais l’ensemble fut détruit lors des invasions lombardes de la fin du VIe siècle. Un siècle plus tard, l’abbé Thomas de Maurienne, alors en pèlerinage à l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, aurait eu une vision de la Vierge lui demandant de se rendre en Italie et de reconstruire une basilique abandonnée qui lui avait été dédiée. Thomas obéit et trouva l’ancien monastère détruit. En 690, avec un petit nombre de fidèles, il restaura les bâtiments et établit un ordre monastique basé sur celui des Bénédictins. Durant son abbatiat, il reçut du pape Jean VII une première concession territoriale et il agrandit l’influence de Farfa en fondant un monastère à San Vincenzo al Volturno. Thomas mourut en 720, laissant l’abbaye sous la protection du duc de Spolète.

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Pendant les décennies qui suivirent, le monastère prospéra grâce à des donations, des privilèges et des exemptions. Il fut dirigé par des abbés particulièrement pieux qui administrèrent son patrimoine de manière sage afin qu’il continue à s’étendre. Grâce à la protection du duc de Spolète et des rois francs, il reçut le contrôle de plusieurs villages et châteaux avoisinants et s’opposa à l’ingérence de l’évêché de Rieti dans ses affaires. En 774, l’abbé Probato se rallia aux côtés de Charlemagne dans sa lutte contre les Lombards, ce qui lui valut d’autres avantages territoriaux et privilèges. Lorsque le roi se rendit à Rome pour s’y faire couronner empereur, il s’arrêta quelques jours à Farla et repartit en lui accordant le status d’abbaye impériale, libérée du contrôle pontifical.

La richesse du monastère attisa la convoitise des Sarrasins et, après sept ans de siège, en 898, les moines s’enfuirent à Rieti (où ils furent rattrapés et massacrés par les Sarrasins), à Fermo (où ils fondèrent le monastère de Santa Vittoria in Matenano) et à Rome (où ils s’installèrent sur le terrain de l’actuel Palazzo Madama). Les Sarrasins ne détruisirent pas les bâtiments, mais les utilisèrent comme quartier général. A leur départ, le monastère resta abandonné et fut occupé par des groupes de brigands qui en incendièrent une partie. Après 915, les moines réfugiés à Rome revinrent et, dirigés par l’abbé Ratfredo, ils reconstruisirent les bâtiments détruits et reprirent l’exploitation du monastère. A la mort de Ratfredo, en 936, il y eut quelques années de troubles. Le monastère perdit sa protection impériale, les grandes familles romaines s’approprièrent certaines de ses propriétés et les moines se déchirèrent au point qu’il y eut trois abbés en même temps.

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En 997, l’abbé Ugo, âgé de 25 ans, fut choisi pour diriger la communauté. L’abbé Odilon de Cluny le contacta et le convainquit d’introduire les réformes déjà en place en France. Très vite, Farfa prospéra et son territoire s’agrandit considérablement dans les Marches et les Abruzzes et en Ombrie, transformant le monastère en petit état avec sa propre armée, ses écoles, ses ateliers, sa pharmacie. La renommée de l’abbaye fut telle qu’elle hébergea le pape Sylvestre II, les empereurs Otton III et Henri II, et les abbés Odilon et Guillaume de Volpiano. Après la mort d’Ugo, en 1038, l’abbé Berardo continua son travail. Il finit la cathédrale qui fut consacrée par le pape Nicolas Ier en 1060 et reçut d’autres visiteurs de marque comme l’abbé Desiderio de Montecassino, le futur docteur de l’Eglise Pier Damiani et le futur pape Grégoire VII. Même l’impératrice Agnès, mère d’Henri IV, visita l’abbaye en 1072.

A la fin du XIe siècle, Farfa possédait sans doute une des plus riches bibliothèques d’Europe et un jeune homme du village vint étudier au monastère. Grégoire de Catino y resta cinquante ans pour compiler le cartuaire des possessions de l’abbaye, puis celui des concessions faites par l’abbaye, avant de se lancer dans la chronique des événements concernant le monastère, l’Eglise et l’Empire. Ses écrits nous permettent de nous faire une idée de la puissance et de la richesse de l’abbaye au début du XIIe siècle: elle possédait 683 églises ou convents, deux villes (Civitavecchia and Alatri), 132 châteaux, 16 forteresses, 7 ports, 8 mines de sel, 14 villages, 82 moulins et 315 hameaux.basilica_navata - Author unknown

Lors de la grande querelle des investitures, les moines se rangèrent aux côtés de l’empereur, mais le traité de Worms de 1122 scella le passage définitif de l’abbaye sous l’autorité pontificale. Ce fut le début de son déclin et la fin de son indépendance et de son rayonnement, au point qu’au milieu du XIVe siècle, l’abbé fut frappé d’interdit et excommunié, le monastère n’étant plus en mesure de payer ses taxes à Rome.

Au début du XVe siècle, l’abbaye passa sous le régime de la commende avec le cardinal Francesco Carbone Tomacelli, neveu du pape Boniface IX, qui expulsa les Bénédictins et les remplaça par des moines de l’ordre Teutonique. Le pouvoir passa ensuite aux mains des grandes familles romaines, d’abord aux Orsini qui donnèrent à la basilique sa forme actuelle, puis aux Barberini qui modernisèrent le bourg attaché au monastère, et finalement aux Farnese. En 1567, sous le cardinal Alessandro Farnese, l’abbaye rejoignit la congrégation bénédictine de Montecassino avec laquelle elle resta jusqu’en 1798, sans jamais retrouver son rayonnement d’antan.

A la fin du XVIIIe siècle, les armées révolutionnaires françaises saccagèrent le monastère et, en 1861, la nouvelle nation italienne lui confisca son patrimoine et le revendit à des privés. En 1921, la famille Volpi, propriétaire des bâtiments principaux, les  donna aux moines bénédictins du monastère de Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome et, en 1928, Farfa fut déclaré monument national. De nos jours, l’abbaye est une église paroissiale avec sept moines qui gardent le monument et, en particulier, la bibliothèque riche de 45 000 volumes, dont 250 incunables.

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L’intérieur de la basilique est typique de la Renaissance. Elle est divisée en trois nefs séparées par des arches et des colonnes ioniques en marbre, avec plusieurs chapelles secondaires. Tous les murs sont richement décorés de fresques, dont celle du mur intérieur de la façade qui date de 1571. L’orgue fut installé en 1947 et offre douze gammes réparties sur deux claviers de 58 notes chacun. La base du campanile, ainsi que la cloche, datent de l’époque carolingienne.

Fara in Sabina - Author: NordNordWest

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