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Au bout de la grande plaine du sud de Rome qui était, jusqu’en 1928, couverte de marais, un promontoire s’avance dans la mer Tyrrhénienne, comme le gardien de la capitale. C’est le massif calcaire du mont Circé au pied duquel se trouvent les petites villes de San Felice Circeo et de Sabaudia.

Il fait partie du parc national du Circé, l’une des réserves naturelles les plus importantes d’Italie. Le parc fut fondé en 1934 sur une proposition du sénateur Raffaele Bastianelli pour préserver les derniers hectares des marais pontins que Benito Mussolini avait réussi à assécher à partir de 1928. Cette zone rectangulaire, qui s’étend le long de la côte au sud-est de Rome, depuis Anzio jusqu’à Terracina et qui s’avance dans les terres jusqu’aux monts Albain, Lépins et Ausoni, avait de tout temps été inhabitable à cause de son environnement marécageux propice à la malaria. Situés plus ou moins au niveau de la mer, les marais se formèrent suite à l’impossibilité pour les cours d’eau drainant les montagnes de trouver des débouchés clairement définis vers la mer à travers les dunes côtières.

Les Volsques essayèrent de les assécher sans succès. Jules César voulut détourner le Tibre vers les marais, mais il mourut avant de réaliser ce projet. Auguste, son successeur, construisit un canal qui draina les terres au-dessus du niveau de la mer et permit le développement de zones agricoles, mais il suffisait que le canal ne soit plus entretenu pour que les marais réapparaissent. Au XIVe siècle, le pape Boniface VIII fit construire un canal pour relier les rivières Ninfa et Cavata, mais cela provoqua trop d’inondations aux pieds des monts Lépins. Tous les papes essayèrent de résoudre le problème avec l’aide des plus grands ingénieurs, sans succès. Même Léonard de Vinci ne put trouver de solution. Sous l’occupation française, Napoléon Bonaparte chargea l’ingénieur Gaspard de Prony de s’attaquer à son tour à cette question, mais les difficultés financières du gouvernement ne permirent pas d’envisager l’exécution de ses plans.

A partir du début du XXe siècle, le gouvernement italien se mobilisa pour chercher des solutions et, en 1922, le département de la santé conçut la bonifica integrale, un programme en trois étapes pour l’assainissement de la région. Mussolini, arrivé au pouvoir la même année, reprit le programme et commença les travaux dès 1924 avec la première phase, la bonifica idraulica, qui consista à assécher les marais, aménager les lacs de la bordure littorale et contrôler les cours d’eau. En 1932, la deuxième étape, appelée bonifica agraria, organisa un premier centre urbain qui fut appelé Littoria (l’actuelle Latina) et nécessita de gros travaux de déboisement et de débroussaillement, l’ouverture de ruisseaux, la construction de fermes, la constitution de domaines et le développement d’un réseau de routes et de canaux. A partir de ce premier « îlot » de salubrité, le programme de peuplement s’étendit pour couvrir tous les marais jusqu’à la côte avec la fondation, en 1934, d’une deuxième ville: Sabaudia. La troisième phase, la bonifica igienica, concernait la destruction des moustiques porteurs du paludisme et l’implémentation de conditions de vie hygiéniques pour les habitants.

La région subit ainsi un peuplement rapide et intensif qui alerta le sénateur Bastianelli. Il proposa que la dernière parcelle des marais encore intacts soit préservée et transformée en réserve naturelle. Sa proposition fut acceptée par Mussolini et le parc national du Circé fut ouvert en 1934. Il couvre près de 8 500 hectares et est divisé en cinq grands habitats:

  • La forêt est le dernier vestige de l’ancienne « Selva di Terracina ». C’est un écosystème riche et extrêmement varié, caractérisée par des « piscines », zones marécageuses qui se forment principalement pendant l’automne par l’accumulation des eaux de pluie, et un lestre, zone sur laquelle, à l’époque, les gens construisaient leurs villages saisonniers précaires. Elle s’étend sur 3 300 hectares et est la plus grande forêt naturelle de plaine d’Italie. La végétation comprend des espèces continentales telles que le turc chêne ou le chêne fraxinus, ainsi que des arbres méditerranéens typiques, notamment le pin, le chêne vert, le laurier et le chêne-liège.
  • Le promontoire du Circeo, à 541 mètres au-dessus du niveau de la mer, est un massif calcaire qui ressemble à une île et donne son nom à l’ensemble du parc. Il est divisé en deux secteurs différents. Les pentes nord ont un climat plus humide et sont couvertes par des arbrisseaux épais, alors que les versants sud, au climat plus doux, sont caractérisés par une végétation méditerranéenne de rocaille. On peut y voir de nombreux faucons qui aiment les zones humides du sommet. Le massif est troué de grottes, dans lesquelles on a retrouvé, en 1939, des ossements humains datant du Néandertal.

  • Les dunes, qui s’étendent sur 28 km entre Torre Paola, au pied du mont Circé, et Capo Portiere. Le sable fin est soutenu par une garrigue abritant des animaux de petite taille.
  • Les zones humides constituées de quatre lacs côtiers aux eaux saumâtres, qui sont ce qui reste des anciens marais pontins asséchés. Les lacs de Fogliano, Monaci, Caprolace et Sabaudia sont l’habitat idéal pour de nombreuses espèces d’oiseaux, et en particulier pour les canards colvert, les cormorans, les flamants, les cigognes et les hérons.

  • L’île de Zannone, la plus septentrionale des Îles Pontines, est constituée de roches volcaniques et métamorphiques et de sédimentaires remontant à il y a 200 millions d’années Elle fut annexée au parc en 1979. L’île est un lieu de transit pour les espèces migratoires, notamment des faucons pèlerins. La végétation est typiquement méditerranéenne, composée de genêt, d’agave et de cactus rendant le panorama de l’île très luxuriant.

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