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Primo Carnera naquit en 1906 à Sequals dans le Frioul. A sa naissance, il pesait environ 8 kg, un poids déjà exceptionnel de nos jours, mais extraordinaire à l’époque, d’autant plus qu’il venait d’une famille extrêmement pauvre qui ne vivait que du travail du père, un mosaïste émigré en Allemagne. En 1915, ce dernier fut appelé sous les drapeaux et les enfants se retrouvèrent à mendier dans la rue. A 14 ans, poussé par la pauvreté, Primo émigra en France chez ses oncles et trouva un travail de charpentier. Il avait déjà une stature de géant (204 cm et 125 kg) et peinait à trouver des chaussures à sa taille. En 1925, il fut remarqué par le directeur d’un cirque qui l’engagea comme lutteur et en fit une bête de foire. Trois ans plus tard, il rencontra le champion de boxe poids lourds français, Paul Journée, qui le convainquit de commencer une carrière de boxeur. Le 12 septembre 1928, il fit ses débuts professionnels à la salle Wagram à Paris contre Léon Sebilo qu’il mit K.O. au second round. Il gagna les cinq matchs suivants, mais son manager, Léon Sée, admit plus tard que certains avaient été truqués pour pousser la popularité de son poulain.

En 1930, Carnera partit avec Sée aux Etats-Unis où sa carrière commença sous les meilleures auspices, grâce à la protection du puissant « syndicat » de Bill Duffy. Du 24 janvier au 17 septembre 1930, il gagna ses 23 premiers matchs, dont 21 par K.O. Certains de ses adversaires furent condamnés pour manque d’agressivité ou pour être tombés à cause de coups insuffisants pour provoquer le K.O. L’Américain Bombo Chevalier se rendit après le sixième round et admit devant la commission de boxe de Californie avoir reçu des menaces de mort s’il ne perdait pas avant le dixième round. En avril 1930, Carnera fut exclu à vie de la National Boxing Association (l’actuelle World Boxing Association), mais continua à combattre avec succès aux Etats-Unis où cette dernière n’était pas reconnue.

En 1932, il rompit avec Sée, qui s’était approprié une partie de ses biens et avait dilapidé le reste dans de mauvaises spéculations financières, et devint la proie du « syndicat ». Ses nouveaux amis s’appelaient Owney Madden, Lou Soresi, Mad Dog Vincent Coll, Big Frenchy DeMange et Boo Boo Hoff, et ils firent de Carnera une « bête de ring » pire que la bête de cirque qu’il avait été dans sa jeunesse. De juillet à décembre 1932, il gagna dix-sept des dix-huit matchs qu’il joua, dont quatorze par K.O. Le 10 février 1933, il rencontra l’Américain Ernie Schaaf dans un match décisif pour déterminer le futur adversaire du champion du monde poids lourds, Jack Sharkey. Schaaf fut mis K.O. au 13e round et mourut quatre jours plus tard d’une hémorragie cérébrale. Le 29 juin suivant, à Long Island, Carnera affronta Sharkey qu’il mit K.O. au sixième round et conquit le titre. Mais la mort tragique de Schaar provoqua un fort sentiment de culpabilité chez Carnera qui entra dans une forme de dépression et refusa de combattre pendant plusieurs mois.

Pendant l’année qui suivit, il ne défendit son titre que deux fois, dont une à Rome devant Benito Mussolini et 65 000 spectateurs. Le 14 juin 1934, il rencontra un adversaire de taille, Max Baer, qui l’envoya au tapis dix fois avant de le mettre K.O. au onzième round. Il perdit son titre de champion du monde et sa carrière commença alors une spirale descendante qu’il arrêta, le 27 mai 1936, dans un dernier match (perdu par K.O.) sur le territoire américain. Il rentra en Europe sans un sou, car il n’avait touché qu’une part dérisoire des sommes liées à ses victoires aux États-Unis, et essaya de relancer sa carrière en Italie, mais son état physique était tellement mauvais qu’il abandonna en 1937. Il fut diagnostiqué avec un diabète et subit l’ablation d’un rein.

Il rentra dans son village au Frioul, se maria et tourna dans plusieurs films entre 1939 et 1943. Après la guerre, il retourna aux Etats-Unis, cette fois comme lutteur et sans tomber entre les mains de crapules. Très vite, il se distingua dans cette catégorie qui lui convenait beaucoup mieux que la boxe et pendant plus d’un an demeura invaincu. En 1953, il obtint la nationalité américaine et s’installa avec sa nouvelle famille à Los Angeles. En 1957, il gagna le titre de champion du monde de lutte, ce qui fait de lui le seul homme à avoir été champion du monde de boxe et champion du monde de lutte.

Il se retira du monde sportif en 1962. En mai 1967, atteint d’une cirrhose du foie et de complications dans son diabète, il retourna dans son village natal où il mourut un mois plus tard.

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