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La famille d’Este, originaire de la ville d’Este, remonte au Xe siècle. Le premier marquis d’Este de la famille fut Obizzo Ier en 1184 et le premier à avoir été nommé marquis de Ferrare fut Obizzo II en 1264. Juste avant sa mort en 1293, ce dernier déclara le titre héréditaire. En 1452, l’empereur Frédéric III nomma Borso d’Este duc de Ferrare et, le 12 avril 1471, Ferrare fut formellement élevée au rang de duché par le pape Paul III. La lignée principale des d’Este s’éteignit avec Alphonse II en 1597. Le nom fut repris par un cousin, César d’Este, mais le pape ne reconnut pas la succession et s’empara de la ville par les armes, l’incorporant ainsi aux Etats pontificaux.

En mai 1385, sous le règne de Nicolas II, la population écrasée par le poids des impôts se souleva et se rendit au palais de la famille d’Este pour demander des comptes. Pour l’apaiser, le marquis lui livra le ministre des octrois, Tommaso da Tortona, qui fut massacré par la foule. Cet incident convainquit Nicolas II que sa demeure n’était pas suffisamment fortifiée pour protéger sa famille en cas d’émeutes populaires et il ordonna la construction d’une forteresse sur le côté nord du palais. Le projet fut confié à l’architecte Bartolino da Novara qui forma un carré défensif à partir de la Torre dei Leoni, érigeant trois autres tours reliées par d’imposants murs en brique rouge surmontés de créneaux en queue d’aronde. Une pont couvert reliait la forteresse au palais afin de permettre le passage ou la fuite de l’un vers l’autre.

Lors des décennies suivantes, la ville s’agrandit et prospéra grâce aux d’Este qui furent particulièrement actifs dans la protection des lettres et des arts, qui organisèrent des plans d’urbanisme révolutionnaires pour l’époque et qui s’attachèrent à défendre la ville contre les agressions extérieures. Les menaces de soulèvements intérieurs diminuèrent et la forteresse militaire se transforma peu à peu en annexe du palais. Entre 1544 et 1570, des travaux furent entrepris par l’architecte Girolamo da Carpi sous la direction d’Ercole II avec la création d’une belle résidence aristocratique dotée de somptueux appartements et de vastes salles destinées à recevoir la cour.

L’intervention de Carpi ne modifia pas la structure de la forteresse, mais il ajouta quelques éléments qui redéfinirent sa signification symbolique. L’extérieur garda ses trois entrées avec pont-levis, mais il fut embelli par des balcons en marbre blanc qui remplacèrent les créneaux. L’architecte édifia un deuxième étage couvert d’un toit en pente et les tours furent rendues plus élégantes par la construction de terrasses qui servaient plus à la contemplation du paysage qu’à l’observation militaire. La cour intérieure fut décorée de fresques représentants les membres de la famille d’Este dont certaines ont survécu au passage du temps.

A l’unification d’Italie, le château fut racheté par l’administration provinciale de Ferrare qui l’utilisa comme siège administratif, mais depuis 1999, il est ouvert au public et héberge des expositions d’art. Certaines des pièces du rez-de-chaussée sont dédiées aux membres de la famille d’Este, alors que les salles du premier et deuxième étages montrent l’amour des ducs pour l’art et la peinture. Les murs, mais surtout les plafonds, sont décorés de fresques qui donnent à chaque pièce un thème particulier et son nom.

Les prisons rappellent les amours parfois tumultueuses des Este. En 1418, le marquis Nicolas III, âgé de 35 ans, épousa en secondes noces une adolescente de 13 ans, Parisina Malatesta. Sept ans plus tard, la jeune femme tomba amoureuse d’ Ugo, le fils bâtard de son mari. Ils furent surpris et emprisonnés dans le château avant d’être condamnés à la décapitation. Ils avaient dix-neuf et vingt ans. Pour expier ce geste, le duc fit exécuter une fresque représentant la Vierge à l’enfant entourée de saint Jacques et de saint Antoine, appelée depuis le « Triptyque de la décapitation ». Un siècle plus tard, en 1506, deux frères du duc Alphonse Ier, Giulio et le cardinal Ippolito, tombèrent amoureux de la même jeune fille, Angela Borgia, cousine de la duchesse Lucrezia. Angela accorda ses faveurs à Giulio qui se fit battre par les servants d’Hippolyte. Pour se venger, Giulio conjura contre le duc, mais il fut arrêté et jeté dans les cachots du château. Il n’en sortit que cinquante-trois ans plus tard, à l’âge de 81, encore vigoureux et habillé à la mode d’un demi-siècle auparavant.

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