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L’amphithéâtre romain d’El Jem est le plus grand d’Afrique et le quatrième au monde après le Colisée de Rome et ceux de Capoue et de Pozzuoli. Au temps des Romains, la ville d’El Jem s’appelait Thysdrus et, après avoir reçu le statut de colonie romaine sous l’empereur Hadrien, elle devint un municipe libre sous l’empereur Septimius Severus. Par la suite, elle fut intégrée à la province de Byzacène. Au coeur d’une région qui connaissait une forte productivité agricole, la cité jouissait d’une relative prospérité.

El Jem est unique au monde par le fait qu’elle possède trois amphithéâtres d’époques différentes qui permettent de suivre l’évolution des techniques de construction. Le premier daterait du Ier siècle av. J.-C. et devait ressembler aux premiers amphithéâtres érigés sur la péninsule italienne, construits grâce à un aménagement du relief naturel. Il était assez rudimentaire, sans maçonnerie, mais avec une cavea (arène et gradins) creusée dans le roc d’une colline dont la typographie lui a imposé ses dimensions et ses contours. L’arène mesurait 49 mètres sur 40 et les gradins pouvaient accueillir jusqu’à 6 000 spectateurs. Il a dû être aménagé par des marchands ou des agriculteurs italiens férus de spectacles, peut-être d’origine campanienne ou étrusque, ces deux régions étant le berceau des jeux en amphithéâtre.

Suite à la détérioration de cet amphithéâtre et au développement économique et urbain de Thysdrus, il fut décidé, vers le Ier siècle apr. J.-C., de construire sur la même colline un nouvel amphithéâtre. Au lieu d’être creusés dans la roche, les gradins furent placés au-dessus de déblais extraits de la colline, dans des compartiments en briques, de tailles diverses, séparés par des espaces et maintenus à l’arrière par un mur de soutènement elliptique. L’amphithéâtre était en structure pleine, plus solide, plus fonctionnel et plus grand (l’arène mesurait 60 mètres sur 40, l’extérieur 92 sur 72) et il pouvait accueillir 7 000 spectateurs.

Au IIIe siècle, avec l’importance économique que prit la ville grâce à son commerce d’olives et à sa situation géographique au croisement de six voies romaines, ce deuxième amphithéâtre devint trop petit et fut remplacé par l’édifice actuel. Construit cette fois sur terrain plat, entièrement en pierre de taille, il reprend le modèle du Colisée de Rome. Sa façade comportait trois étages d’arcades de style corinthien et ses dimensions (148 mètres sur 122) lui permettaient d’accueillir environ 35 000 spectateurs. Son arène mesurait 65 mètres sur 39 et abritait des combats de gladiateurs, des courses de char et autres jeux du cirques. À l’intérieur, le monument a conservé la majeure partie de l’infrastructure de support des gradins. Le mur du podium, l’arène et les souterrains, dans lesquels les prisonniers, les gladiateurs et les animaux étaient gardés, sont pratiquement intacts.

Avec le déclin de Thysdrus dans la seconde moitié du Ve siècle, l’amphithéâtre se transforma en forteresse lors des guerres qui opposèrent les Byzantins, les Berbères et les Arabes. Malgré tout, il resista au temps, en tout cas jusqu’à la fin du XVIIe siècle, où les habitants commencèrent à démolir une partie de la façade extérieur pour construire la ville d’El Jem. Au début du XXe siècle, des restaurations eurent lieu sur la partie de la façade détruite et on dégagea l’arène et les passages souterrains des déblais qui s’y étaient accumulés. Depuis 1979, l’amphithéâtre fait partie de la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

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