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La Villa Barbaro à Maser est une villa vénitienne, construite par Andrea Palladio entre 1550 et 1560, pour le cardinal Daniele Barbaro, Patriarche d’Aquilée, et son frère Marcantiono, diplomate de la Sérénissime.

A la mort de leur père, les deux frères héritèrent d’un palais médiéval sur leur propriété de Maser. Ils décidèrent de le transformer et commanditèrent Palladio, avec qui Daniele travaillait sur une traduction illustrée du traité De Architectura de Vitruve, car ils désiraient une belle maison de campagne conçue pour la réflexion et l’étude des arts, tout en gardant le caractère d’exploitation agricole.

La villa Barbaro marque une étape importante dans la définition de la typologie des maisons de campagne vénitiennes. Même si l’on en trouve quelques rares exemples dans les villas du XVe siècle, pour la première fois la maison seigneuriale et les dépendances furent alignées pour faire une unité architecturale compacte. Ce fut probablement lié à l’emplacement particulier de la villa sur les pentes d’une colline. En effet, la disposition linéaire garantissait une plus grande visibilité sur la route en contrebas et l’inégalité du terrain aurait provoqué des travaux de terrassements coûteux si les dépendances avaient été étagées dans la pente.

S’il est vrai qu’à bien des égards la villa se distingue nettement des autres oeuvres de Palladio, ce fut sans doute grâce à l’interaction entre l’architecte et ses exceptionnels mécènes. Daniele était un homme raffiné et un érudit d’architecture antique. Marcantonio, quant à lui, était un homme politique énergique et il a joué un rôle clé pour la promotion du talent de Palladio dans les cercles aristocratiques vénitiens.

Palladio réalisa une oeuvre extraordinaire en transformant la maison pré-existante sur la propriété et en la couplant avec les dépendances, tout en maintenant une atmosphère d’harmonie propice à la réflexion intellectuelle. A certains points de vue, la villa se rapproche plus des grandes demeures romaines de la même époque, telles que la Villa Giulia ou la Villa d’Este, que des villas vénitiennes traditionnelles.

Le corps central s’avance de manière significative de la rangée d’arcades qui cache les granges, mais il est parfaitement intégré à l’alignement lorsqu’on regarde la villa de face. Il présente des analogies intéressantes avec le temple de Portunus à Rome: quatre demi-colonnes ioniques soutiennent un entablement surmonté d’un fronton triangulaire avec le blason des Barbaro soutenu par un aigle à deux têtes et la tiare papale. Il est flanqué de deux ailes symétriques, sur deux étages cachés par une allée d’arcades. Contrairement aux autres dépendances de Palladio, conçues uniquement à des fins agricoles, celles-ci accueillent les appartements privés au deuxième étage. Les ailes sont terminées par des pavillons contenant, au rez-de-chaussée, les chambres des domestiques, les étables et les caves, tandis que le premier étage servait de colombier. Comme souvent dans ses réalisations, Palladio a caché le caractère banal des pavillons par une magnifique façade ornée de statues et surmontée par un grand cadran solaire.

A l’arrière du bâtiment central se trouve un nymphée creusé dans le flanc de la colline. En forme d’arc, il est décoré de dix niches dans lesquelles des statues représentent les dieux romains. Le bassin central était rempli de poissons que l’on pouvait pêcher et servait d’alimentation en eau aux cuisines et à l’arrosage des jardins. Il fut construit par l’architecte vénitien Alessandro Vittoria et on attribue certaines des statues à Marcantonio lui-même.

L’intérieur de la villa fut décoré par Paolo Veronese. Il réalisa des fresques qui représentent l’apogée de son art parmi lesquelles il faut citer L’Amour divin entouré des dieux olympiquesVénus et Vulcain avec Proserpine ou bien encore Bacchus et les nymphes. La puissance et la qualité des trompe-l’oeil qui recouvrent l’espace architectural conçu par Palladio provoquèrent, selon certains, une sorte de conflit entre le peintre et l’architecte. En effet, Veronese ne fut pas mentionné par Palladio dans la description de la villa.

A la fin de sa vie, Palladio fut rappelé par Marcantonio pour construire une petit temple dans le domaine. Les deux hommes se mirent d’accord pour construire un bâtiment classique à plan central sur le modèle du Panthéon et sur la reconstruction proposée par Palladio lui-même du temple de Romulus à Rome. En même temps, il est possible que dans ce tempietto convergent les réflexions palladiennes pour la solution à plan central du projet de l’église du Rédempteur de Venise, abandonnées en faveur de la variante longitudinale, mais défendues personnellement par Marcantonio Barbaro. Le plan de l’édifice est innovant car il combine deux formes de la construction à plan central, un cercle et une croix grecque.

La Villa Barbaro passa aux descendants de Marcantonio, puis à la famille du dernier doge de Venise, Ludovico Manin. En 1850, elle fut acquise par l’industriel Sante Giacomelli qui la restaura. Pendant la Première Guerre mondiale, elle servit de poste de commandement au général Squillaci, mais elle fut miraculeusement épargnée des bombardements ennemis. En 1934, elle fut rachetée par Giuseppe Volpi di Misurata, dont la fille Marina continua le travail de restauration. Actuellement, la fille de cette dernière y habite avec sa famille et produit du vin AOC au nom du domaine. Depuis 1996, la Villa Barbaro fait partie du patrimoines de l’UNESCO avec les autres oeuvres de Palladio en Vénétie.

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