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Pietro Savorgnan di Brazzà naquit en 1852, à Castel Gandolfo, d’une vieille famille aristocratique vénitienne. Grâce aux amis de son père, il s’installa à l’âge de quinze ans à Paris sous la protection du futur ministre de la marine et des colonies, Louis de Montaignac, et suivit pendant deux ans les cours du collège Sainte-Geneviève afin de préparer le concours d’entrée à l’Ecole navale de Brest. Après un an à Brest, il s’engagea dans la marine nationale avec le grade d’enseigne de vaisseau. Il fit un premier voyage en Algérie où il assista à la répression de l’armée française contre la révolte des Kabyles, puis il participa à la guerre de 1870 dans la mer du Nord. Son affectation suivante l’emmena au Gabon où il remonta plusieurs fois les cours de l’Ogooué et du Komo. En 1874, il obtint la nationalité française (il francisa alors son nom: Pierre Paul François Camille Savorgnan de Brazza) et passa son diplôme de capitaine au long cours.

De 1875 à 1878, il mena une première expédition d’exploration à l’intérieur du Gabon pour tenter de trouver la source de l’Ogooué. Accompagné du docteur Noël Ballay, du naturaliste Alfred Marche et d’une douzaine de fantassins sénégalais, il remonta, à partir de Lambaréné, la vallée de l’Ogooué, puis pénétra à pied en pays téké jusqu’à l’Alima, découvrant ainsi une voie commerciale vers le Congo. Epuisé, malade et à cours de vivres, il fut obligé d’abandonner avant d’avoir atteint son but et rentra à Paris début 1879.

A son retour en France, Savorgnan donna des conférences à la Société de géographie de Paris, à celle de Rome et au congrès de Sheffield en Angleterre. En août 1879, il fut reçu en audience par le roi Léopold II de Belgique qui lui exposa ses desseins pour l’Afrique et lui demanda de participer à ses projets, ce qu’il refusa en tant qu’officier français. En rentrant à Paris, il fit part de son inquiétude quant à l’ambition des Belges de conquérir le fleuve Congo et proposa de monter une expédition pour réserver les droits de la France en plantant le drapeau sur l’emplacement actuel du Pool Malebo avant que l’expédition belge n’eût le temps de le faire.

Le gouvernement français accepta et Savorgnan arriva en mars 1880 à Lambaréné. Aussitôt, il remonta le cours de l’Ogooué et se dirigea vers le Congo qu’il atteignit en octobre. En chemin, il proposa au chef de la tribu téké, Illoy Ier Makoko, de se placer sous la protection de la France. Le roi Makoko, poussé par des intérêts commerciaux et par la possibilité d’affaiblir ses rivaux, signa le traité, permettant aussi un établissement français à Nkouna sur la rive droite du Pool Malebo, la future Brazzaville. En tentant de rallier l’océan depuis Franceville, Savorgnan tomba par hasard sur le but premier de ses recherches: les sources de l’Ogooué.

A son retour en France, le traité passé avec Makoko fut ratifié officiellement et une troisième expédition fut organisée sous la direction de l’Instruction publique. Si elle se voulait pacifique, commerciale, scientifique et humanitaire, elle était aussi politique car Savorgnan devait « jeter les bases de l’établissement de la France ». Une course contre la montre s’engagea alors entre les Français et les Belges pour conquérir les deux rives du Congo, mais alors que Savorgnan se caractérisait par une conquête pacifique, les Belges pratiquaient la politique de la terre brûlée. Dans le même temps, en février 1885, la conférence de Berlin établit les règles de partage de l’Afrique et les deux nations s’accordèrent sur la division du territoire congolais. La mission de Savorgnan n’ayant plus de raison d’être, il rentra à Paris début 1886.

En avril de la même année, il fut nommé commissaire général du gouvernement dans le Congo français, auquel est rattaché le Gabon. Il prit son poste en février 1887 et organisa progressivement la colonie. Il poursuivit l’exploration du bassin de la Sangha jusqu’à la Bénoué au Cameroun et dirigea l’ensemble de la progression en Afrique équatoriale. Mais à partir de 1896, la presse s’en prit à Savorgnan. Il lui était reproché d’empêcher le développement économique du Congo, de faire de la philanthropie et d’être hostile à la colonisation. Il eut contre lui les colons, les militaires et les fonctionnaires. Savorgnan fut aussi attaqué dans sa vie privée: il était franc-maçon, d’origine italienne; on l’accusa même de s’être converti à l’Islam. Alors qu’il était en congé à Alger, il apprit qu’il avait été mis en disponibilité le 14 janvier 1898. Il se retira alors à Alger.

En 1905 éclata l’affaire Toqué-Gaud. Un administrateur des colonies, George Toqué, et un commis des affaires indigènes, Fernand Gaud, décidèrent de faire exécuter un indigène en lui attachant de la dynamite autour du cou pour « méduser » ses compagnons. Ce scandale fit un bruit qui remonta jusqu’à Paris. Les chambres furent saisies et les interpellations se succédèrent. La presse s’empara de l’affaire et une commission d’enquête administrative fut créée, présidée par Savorgnan. Ce dernier se rendit sur place et découvrit les épouvantables conditions dans lesquels vivaient les indigènes. Il prépara son rapport, mais tomba malade lors du voyage de retour. Son navire s’arrêta à Dakar, mais les médecins ne purent rien faire et il mourut le 14 septembre 1905. Certains prétendirent qu’il fut empoisonné par l’administration coloniale en place pour l’empêcher de rendre compte de sa mission. Le ministre des colonies Etienne Clémentel confia la rédaction du rapport de la mission Savorgnan à une commission présidée par un éminent colonial, Jean-Marie de Lanessan, mais son rapport ne fut tiré qu’à 10 exemplaires. La chambre refusa la publication de l’intégralité des documents. Un an après, la mission Savorgnan était tombée dans l’oubli. L’exploitation de la population noire continua et ce ne fut qu’en 1927 qu’elle fut sévèrement dénoncée par André Gide dans son Voyage au Congo.

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