Mots-clefs

N.B. cet article fait partie d’une série de treize sur la première guerre d’indépendance italienne.

Après avoir existé en tant que république maritime indépendante pendant près de 1’400 ans, la République de Venise fut dissoute par Napoléon en 1797 et cédée à l’Empire autrichien par le traité de Campo-Formio, puis par le Congrès de Vienne en 1815. La domination autrichienne pesa lourd sur la ville, car ce fut Trieste qui fut choisie pour être le port impérial. Entre 1797 et 1848, l’Autriche soutira à Venise 45 millions de lires de plus qu’elle n’en dépensa dans la ville et le capitalisme vénitien fut étouffé par la lenteur et la réticence de la bureaucratie autrichienne à accorder des crédits aux entrepreneurs vénitiens. A la fin des années 1840, un groupe d’intellectuels, d’industriels, de banquiers et de commerçants mené par l’écrivain Niccolò Tommaseo et par l’avocat Daniele Manin commença à revendiquer, par voie légale, un changement politique et une plus grande liberté économique.

C’est dans ce contexte politique et économique que les Vénitiens apprirent, le 17 mars 1848, les émeutes de Vienne, la chute du comte de Metternich et la constitution accordée par l’empereur d’Autriche à tous ses sujets. Les Vénitiens attendirent vainement plusieurs jours l’annonce d’une constitution pour Venise. En désespoir de cause, ils se rassemblèrent en masse sous les fenêtres du palais du gouverneur. Des soldats armés se rangèrent devant la foule la sommant de se retirer. Après plusieurs avertissements, ils firent feu, presque à bout portant. Sur les trois cents balles tirées, seules quatre touchèrent des manifestants et les Vénitiens y virent un miracle: Dieu se déclarait pour Venise! La foule riposta en lançant des pavés et les soldats furent obligés de se retirer.

Le lendemain, le 22 mars 1848, la foule menée par Manin attaqua l’Arsenal où se trouvait le dépôt d’armes et de munitions. C’était un acte osé et qui représentait un défi direct et significatif à l’autorité autrichienne. Manin et ses partisans purent investir facilement le dépôt, car les employés italiens de l’Arsenal détestaient leurs supérieurs autrichiens et les contingents militaires italiens au service de l’Autriche étaient pro-vénitiens. Le colonel Marinowich, gouverneur de l’arsenal et chef de la marine, fut massacré par la foule avant que Manin ne puisse la contenir. En sortant, sachant que les circonstances lui étaient favorables, il lança son cri de ralliement « Vive la république! ».

Le jour même, le général autrichien Zichy signat le retrait de ses troupes et la République de Saint-Marc fut proclamée. Manin en fut le président et Tommaseo figurait parmi ses ministres. A l’exception de Vérone qui faisait partie des villes de garnison du « quadrilatère » autrichien, les villes de l’ancienne République de Venise (Belluno, Padoue, Rovigo, Trevise, Udine et Vicenza) se rallièrent immédiatement à Venise.

Les insurgés reçurent au début quelques aides du Piémont et du Royaume des Deux-Siciles, mais après la défaite piémontaise à Custoza en juillet 1848, le retrait de la flotte sarde de Venise et le rappel des forces napolitaines, ils restèrent seuls face aux Autrichiens qui, vers la fin de 1848, avaient récupéré presque toute la terre ferme vénitienne. Le commandement suprême des troupes fut assuré par Guglielmo Pepe, le général à la tête du corps expéditionnaire napolitain, qui refusa de rentrer à Naples lorsque Ferdinand II des Deux-Siciles rappela ses troupes. Venise subit alors un blocus maritime et terrestre pendant plusieurs mois et, le 4 mai 1849, les Autrichiens débutèrent les hostilités. La ville souffrit de lourds bombardements et à partir d’août, la famine et le choléra ravageait la ville. Manin proposa au gouvernement de voter la reddition en menaçant de démissionner si la décision était prise de se battre jusqu’au dernier homme. Il reçut les pleins pouvoirs pour traiter avec les Autrichiens et le 22 août, la ville se rendit. Le maréchal Joseph Radetzky entra dans Venise le 28 août, rétablissant le statu quo ante bellum, alors que Manin avec sa famille et 39 compagnons révolutionnaires prenaient le chemin de l’exil.

Une très belle statue d’Ettore Ferrari montre la souffrance que subirent les Vénitiens après la défaite de la République de Saint-Marc. Elle représente une figure allégorique de Venise avec, à ses pieds, le lion de Saint-Marc, tous les deux enchaînés.

Liens externes

Publicités