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N.B. cet article fait partie d’une série de treize sur la première guerre d’indépendance italienne.

A la fin du XVIIIe et au XIXe siècles, les mouvements révolutionnaires qui caractérisèrent cette époque n’exclurent pas Rome. Le gouvernement des papes fut interrompu par la courte existence de la République romaine instituée par les Français en 1798, et la ville de Rome fut également le chef-lieu du département de Rome durant l’Empire français de 1809 à 1814.

A son investiture, le pape Pie IX se montra favorable aux revendications des libéraux en décrétant une amnistie générale pour les détenus et les exilés politiques en juillet 1846 et en faisant préparer une constitution en mars 1848. Il introduisit une série de réformes politiques: création des deux Chambres Alto Consilio et Consiglio dei Deputati, et du Conseil d’État (Consulta di Stato); institution d’une plus grande liberté de la presse; établissement d’une commission laïque chargée de la censure, d’un conseil consultatif composé de laïcs dont le rôle était de lui transmettre les désirs de la population, d’un conseil de cabinet et d’une garde civique. Il créa également un certain nombre de commissions auxquelles participèrent des laïcs, afin de réviser les lois.

Ces mesures, destinées à améliorer les conditions matérielles et morales de ses États, furent interprétées comme un manifeste libéral et nationaliste. Pie IX devint l’espoir des patriotes italiens et certains d’entre eux virent en lui le président d’une future fédération italienne. Mais lorsque le royaume de Sardaigne déclara la guerre à l’Empire autrichien le 23 mars 1848, il prononça un mois plus tard un discours devant le consistoire qui mit en évidence la contradiction et l’incompatibilité de sa position comme chef de l’Eglise universelle et en même temps chef d’un Etat italien. Il condamna la guerre contre l’Autriche, craignant un possible schisme des catholiques autrichiens. En refusant ainsi de soutenir le mouvement d’unification, sa popularité s’effondra parmi les patriotes.

Suite à ce discours, le pape dut faire face à une opposition grandissante de la part des républicains et les gouvernements se succédèrent sans parvenir à trouver une position qui respectât la neutralité du pape et satisfasse les aspirations politiques des patriotes. Le 16 septembre, le gouvernement fut confié à Pellegrino Rossi, un juriste italien naturalisé français qui avait participé à l’organisation de la nouvelle république de Genève à l’intérieur de la Confédération helvétique et à celle de la monarchie de Juillet en France. Il établit immédiatement un programme comprenant l’abolition des privilèges, la suppression des exemptions fiscales et la séparation des pouvoirs ecclésiastique et civil, mais ses propositions furent considérées trop libérales par la curie, trop égalitaires par les conservateurs et insuffisamment démocratiques par les patriotes révolutionnaires. Deux mois plus tard, le 15 novembre 1848, il fut assassiné d’un coup de poignard dans le palais de la Chancellerie et sa mort ouvrit la voie aux émeutes et à la fuite du pape, le 24 novembre, dans la forteresse napolitaine de Gaeta.

Le mouvement républicain s’activa alors à définir les futures institutions de la ville et fut rapidement aidé par deux hommes qui partageaient le même idéal nationaliste: Giuseppe Mazzini et Giuseppe Garibaldi. Ce dernier entra dans Rome le 12 décembre et mit ses volontaires au service de la défense de la ville. Quant à Mazzini, encore en exil à Marseille, il s’engagea activement dans l’élaboration de la loi électorale qui allait conduire aux élections des députés de la nouvelle république. Pour la première fois dans l’histoire italienne, une assemblée fut élue au suffrage universel et la loi électorale qui autorisait tout italien à se présenter fit de Rome le centre du mouvement national. Le 9 février 1849, l’assemblée vota le décret fondamental de la proclamation de la République romaine, gouvernée par un triumvirat composé de Mazzini, Carlo Armellini et Aurelio Saffi.

Entre-temps, le papa avait menacé d’excommunication quiconque participerait aux élections et avait réclamé l’aide des grandes puissances étrangères. L’Autriche, le Royaume des Deux-Sicile et la France apportèrent lui leur soutien. C’est cependant la France qui fut la plus active en envoyant un corps expéditionnaire de 7 000 hommes commandé par le général Nicolas Oudinot.

Après s’être emparé de Civitavecchia le 27 avril, les Français se présentèrent le 30 devant Rome, convaincus de ne rencontrer qu’une faible résistance. En réalité, les Romains s’étaient organisés et les Français ne purent passer les portes, ni escalader les murs. Ils furent repoussés par près de 10 000 soldats de la République et les 2 500 volontaires de Garibaldi se distinguèrent par leur courage: ils sortirent par la porte San Pancrazio, surprirent leurs adversaires à la villa Doria Pamphili et les attaquèrent à la baïonnette, provoquant leur fuite. Le soir, Oudinot ordonna la retraite sur Civitavecchia, laissant derrière lui plus de 500 morts et 365 prisonniers. La République romaine avait obtenu une énorme victoire, et la population et l’armée lui avaient montré leur profond attachement.

Malheureusement, les Français revinrent début juin et, après un mois de siège, la ville se rendit le 4 juillet 1849. Le retour de Pie IX à Rome exclura Rome du processus d’unification qui se traduisit par la deuxième guerre d’indépendance italienne et par l’expédition des Mille, à la suite de laquelle toute la péninsule italienne, excepté Rome et Venise, fut réunifiée sous le règne de la Maison de Savoie.

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