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N.B. cet article est le premier d’une série de treize sur la première guerre d’indépendance italienne.

En parlant du Risorgimento, l’historiographie se réfère à la période de l’histoire d’Italie durant laquelle la nation italienne accomplit sa propre unité nationale, réunissant en un seul état – le royaume d’Italie – des états indépendants les uns des autres. Le terme, qui désigne aussi les mouvements culturels, politiques et sociaux qui favorisèrent l’unification, rappelle l’idéal romantique et nationaliste d’une résurgence italienne, à travers la réalisation d’une identité unitaire, qui avait commencé à s’esquisser durant la période romaine mais qui s’était arrêtée au milieu du VIe siècle. Bien qu’il n’y ait pas de consensus parmi les historiens, la plupart d’entre eux ont tendance à définir le début du Risorgimento immédiatement après la fin du règne de Napoléon et le Congrès de Vienne de 1815, et son accomplissement avec l’annexion des États pontificaux et le déplacement de la capitale à Rome en février 1871.

Après l’échec du carbonarisme dans les années 1820, du mouvement Giovine Italia de Giuseppe Mazzini et des nombreuses tentatives insurrectionnelles des années 1830-40, les partisans d’une unité nationale de l’Italie se tournèrent vers des souverains libéraux tels que le roi Charles-Albert de Savoie et le pape Pie IX, et dès l’automne 1847, les revendications constitutionnelles étaient au cœur d’une forte agitation dans le royaume des Deux-Siciles, le royaume de Lombardie-Vénétie, le grand-duché de Toscane, le Piémont et à Rome.

Les premiers germes de l’insurrection de 1848 à Palerme furent semés en 1812, avant le Congrès de Vienne. Pendant la période napoléonienne, les Bourbons avaient été forcés de quitter Naples et de se réfugier en Sicile avec l’aide des Britanniques. Les nobles siciliens en avaient profité pour obliger le roi Ferdinand Ier des Deux-Siciles à promulguer une constitution de type parlementaire, considérée comme très libérale pour l’époque. Mais dès le rétablissement de la monarchie à Naples après le Congrès de Vienne, Ferdinand avait immédiatement aboli cette nouvelle constitution. Ce retournement provoqua un fort ressentiment de la population contre les Bourbons et les soulèvements populaires de 1820-1821, ainsi que les émeutes de 1837, en furent les conséquences directes.

L’insurrection eut lieu le 12 janvier 1848, le jour anniversaire du roi Ferdinand II des Deux-Siciles. Quelques jours auparavant, des tracts avaient circulé en ville appelant les Siciliens aux armes:

« Siciliens! le temps des prières est passé inutilement. Les protestations et les manifestations pacifiques sont inutiles. Ferdinand a tout méprisé. Et nous, peuple né libre, réduit aux chaînes et à la misère, tarderons-nous encore à reconquérir nos droits légitimes? Aux armes, fils de la Sicile ! L’omniprésence et la force du peuple, l’union des peuples sont la chute des rois. Le 12 janvier 1848, à l’aube, marquera l’ère glorieuse de la régénération universelle. Palerme accueillera les Siciliens armés qui se présenteront pour soutenir la cause commune. »

Le ton était donné. L’armée du roi opposa très peu de résistance et se retira de l’île, non sans avoir au préalable lourdement bombardé Palerme et Messine, ce qui coûtera au roi le surnom de « Re Bomba« . Immédiatement, les nobles siciliens rétablirent la constitution de 1812 et formèrent un Comité Général qui déclara la déchéance de Ferdinand II et l’abolition de la monarchie. Le 25 mars, le parlement se réunit et proclama la création d’un état indépendant avec Ruggero Settimo à la tête du gouvernement. Une nouvelle constitution fut votée, calquée sur celle de 1812. Mais les sénateurs étaient divisés en trois camps quant à la forme à donner au nouvel état: les partisans d’une république; les partisans de la création d’une Italie unie avec les autres états de la péninsule; et les partisans d’une restauration du royaume de Sicile de 1812. Ces derniers gagnèrent et il fut décidé, le 18 juillet, que le nouveau roi serait le fils de Charles-Albert de Savoie, Ferdinand de Savoie, duc de Gênes. Ce dernier refusa, trop occupé par la guerre contre les Autrichiens au nord du pays, et le parlement se retrouva en crise pour la recherche d’un nouveau monarque.

Ferdinand II profita de ce moment de faiblesse pour reconquérir l’île. Le 18 septembre 1848, son armée entra dans Messine et, après quelques mois d’armistice, le 19 mars 1849, il reprit les hostilités. Avec la chute de Palerme le 14 mai 1849, tout espoir de continuer en tant qu’état indépendant disparut. Les membres du gouvernement s’enfuirent à Gênes et devinrent de fervents révolutionnaires pour la cause de l’unité d’Italie. Certains d’entre eux furent aux côtés de Garibaldi lors de l’expédition des Mille onze ans plus tard. L’ancien chef du gouvernement, Ruggero Settimo, se réfugia à Malte où il resta jusqu’à la fin de sa vie. Lors de la formation du nouveau royaume d’Italie en 1861, le poste de président du Sénat lui fut proposé, mais il refusa en raison de son état de santé. Néanmoins, cette invitation prouve le lien fort existant entre les événements de Palerme de 1848 et la révolution nationale de 1860-61.

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