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N.B. cet article fait partie d’une série de treize sur la première guerre d’indépendance italienne.

La vague révolutionnaire qui avait secoué la Sicile le 12 janvier 1848 força le roi Ferdinand II des Deux-Siciles à accorder une constitution à son royaume le 29 janvier. D’inspiration libérale, son application impliquait une revision complète des lois, car l’article 89 stipulait que toute disposition ou tout décret en place contraire à ses principes devrait être abrogé. Il était donc nécessaire de préparer dans la foulée des lois adaptées à la nouvelle structure institutionnelle, si on ne voulait pas que le pays soit plongé dans le désordre.

Que ce soit par négligence due à une mauvaise évaluation de la situation interne du royaume ou par inexpérience, seules deux lois furent promulguées: la loi électorale du 29 février qui était mal conçue et qui fut responsable des troubles ultérieures, et la loi sur la Garde nationale du 13 mars.

L’opinion publique commença à gronder, demandant le limogeage du gouvernement. Ferdinand II nomma alors au poste de ministre de la justice Aurelio Saliceti, un radical, qui proposa un programme gouvernemental en quatre points: la suppression de la chambre des Pairs dont les membres étaient nommés à vie par le roi et jugés par les libéraux trop étroitement liés aux intérêts du souverain; les pleins pouvoirs à la chambre des Représentants pour amender la Constitution; le changement radical de la loi électorale; et l’envoi de troupes sur la ligne du Pô en soutien au royaume de Sardaigne.

Ce programme fut extrêmement bien accueilli par les libéraux qui y virent un moyen de compenser l’énorme pouvoir que la constitution garantissait au roi, mais ce dernier refusa de le signer, le jugeant trop radical. Quelques jours donc après sa nomination, Saliceti démissionna.

Le 3 avril, Ferdinand nomma alors au poste de premier ministre Carlo Troja, un partisan du néo-guelfisme qui aspirait à une confédération d’états italiens, sous la présidence du pape. Troja composa un gouvernement de libéraux modérés qui, en accord avec le roi, établit un programme de dix articles, moins radicaux que ceux de Saliceti, pour appliquer la constitution. Il était convenu que la chambre des Pairs serait composée de 50 membres, celle des Représentants de 164 membres et qu’une somme de 240 ducats devrait être versée pour être éligible. En outre, il était stipulé qu’à l’ouverture du parlement, les deux chambres, en accord avec le roi, auraient le pouvoir d’amender la constitution en ce qui concernait les pouvoirs et les prérogatives relatives à la chambre des Pairs. De plus, le programme prévoyait la participation du royaume à la guerre d’indépendance. Le 7 avril, Ferdinand déclara la guerre à l’Empire autrichien et modifia le drapeau du royaume en ajoutant le tricolore. Il envoya 15 000 hommes sous le commandement du général Guglielmo Pepe pour soutenir Charles-Albert de Savoie et la nouvelle république de Saint-Marc contre les Autrichiens.

Le 18 Avril, les élections eurent lieu et la majorité des sièges fut conquise par les libéraux modérés. L’ouverture du parlement au palais de Monte Oliveto fut prévue pour le 15 mai.

La veille, le 14 mai, les députés déjà présents en ville se réunirent pour discuter de l’ordre du jour. La formule du serment à la constitution que le roi et les parlementaires devaient prêter le lendemain fut discutée et les désaccords éclatèrent immédiatement. Le texte proposé par le roi fut jugé insuffisant et les députés décidèrent de le remplacer par un serment de « respecter et de maintenir la constitution de la nation avec toutes les réformes politiques et les modifications introduites par la chambre des Représentants, surtout celles concernant la chambre des Pairs. » Le roi rejeta ce projet, arguant qu’il était contraire au programme décidé par Troja sur la responsabilité conjointe des deux chambres pour la modification des statuts de la chambre des Pairs. Il rédigea dans la nuit du 14 au 15 mai un nouveau serment qui confirmait le programme de Troja et qui fut accepté par la majorité des députés.

Cependant, des rumeurs commencèrent à circuler parmi les membres de la faction radicale des députés que les troupes royales avaient reçu l’ordre d’encercler le parlement. Ces rumeurs étaient fausses, car le roi, en réalité, avait ordonné le cantonnement de ses troupes afin d’éviter d’alimenter la tension déjà élevée. Les députés radicaux refusèrent de le croire et organisèrent, avec la population et certaines unités de la Garde nationale, la construction de barricades pour protéger le palais de Monte Oliveto. En l’apprenant, le roi mobilisa ses troupes dans les points stratégiques de la ville. Les députés modérés, qui représentaient la majorité, invitèrent la population à rentrer chez elle, mais les anti-royalistes insistèrent sur le manque de sincérité du roi à faire respecter la constitution et refusèrent de donner l’ordre de lever les barricades tant que le roi n’aurait pas consenti à proposer le serment rédigé la veille par les députés. Le roi refusa, affirmant que ses prérogatives de garant de l’ordre public et de chef suprême des forces armées lui étaient garanties par la constitution et qu’il ne céderait jamais au chantage d’une faction révolutionnaire.

L’ordre fut donné de charger les manifestants. On ne sait pas le nombre de morts de cette journée, mais les historiens l’estiment à 2 200. En fin de journée, les royalistes avaient gagné et les barricades furent levées. Le roi limogea le gouvernement et ordonna la dissolution de la Garde nationale. Il décréta l’état d’urgence et mis en place une commission d’enquête sur les crimes contre l’Etat commis depuis le 10 mai.

Le 17 mai, il dissolut la chambre des Représentants même si elle n’avait jamais été assermentée, car « elle avait pris un pouvoir arbitraire et illégitime, subversif à tous les principes de l’ordre public. » De nouvelles élections furent prévues pour le 15 juin. Un nouveau parlement fut élu, mais moins d’une année plus tard, le 13 mars 1849, suite à une crise institutionnelle sur le budget de l’Etat, la constitution fut suspendue, le drapeau redevint blanc avec les armoiries des Bourbons et Ferdinand régna jusqu’à sa mort en monarque absolu.

Une des plus grandes conséquences des événements du 15 mai fut le rappel des troupes envoyées en renfort dans la guerre contre les Autrichiens. Cela eut un effet considérable sur l’issue du conflit, car dans le même temps, la Toscane et les Etats pontificaux commençaient eux aussi à retirer leurs troupes, ne laissant que le royaume de Sardaigne contre l’Autriche.

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