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Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Il Caravaggio (Le Caravage en français), considéré comme l’un des plus célèbres peintres italiens de tous les temps et dont le style a influencé bien des générations futures, a eu une vie d’ombres et de lumières telles qu’il a su si bien les représenter dans ses peintures.

Il Caravaggio naquit à Milan en septembre 1571. Sa famille était originaire de Caravaggio, près de Milan, et appartenait à ce qui correspond aujourd’hui à la classe moyenne. Il commença son apprentissage en 1584 auprès du maniériste Simone Peterzano qui lui apprit les théories picturales de son temps, le dessin, les techniques de la peinture à l’huile, de la fresque et du portrait. Les années qui suivirent la fin de son apprentissage en 1588 et son arrivée à Rome en 1592 sont floues. Certains pensent qu’il serait parti à Venise pour étudier les maîtres vénitiens de la couleur Le Titien et Le Tintoret. D’autres avancent qu’il serait resté en Lombardie pour étudier Girolamo Romanino, considéré comme un pré-caravagiste.

En 1592, il se rendit à Rome. La ville grouillait d’artistes qui cherchaient fortune sur les chantiers de la Contre-Réforme. Il Caravaggio n’avait que vingt et un ans et arrivait sans lettre de recommandation. Il trouva un travail dans l’atelier du Cavalier d’Arpin Giuseppe Cesari où il fut utilisé pour peindre les détails que ce dernier ne voulait pas faire. Il était payé chichement et vivait misérablement. Il peignit quelques toiles, des portraits qui laissent déjà voir le jeu de la lumière jaillissant d’un fond obscur dont il se rendra maître.

Vers 1594, il rencontra trois hommes avec lesquels il se lia d’amitié: le peintre Prospero Orsi, qui le présenta à de riches collectionneurs; l’architecte Onorio Longhi avec lequel il découvrit le petit monde des artistes vivants en marge de la société; et l’artiste sicilien Mario Minitti qui lui servit de modèle jusqu’en 1600 et qui le recueillit en Sicile lors de son exil en 1608. Grâce à Orsi, il rencontra le cardinal Francesco del Monte qui le prit sous son aile et l’hébergea dans son palais. Grand connaisseur d’art, le cardinal commanda au Caravage plusieurs oeuvres qui établirent la réputation du peintre parmi les hauts prélats du clergé.

A partir de 1597, le peintre entreprit plusieurs tableaux sur des thèmes religieux. Il devint célèbre pour son réalisme, mais certaines de ses peintures furent refusées parce qu’elles s’éloignaient trop des critères classiques attendus dans les représentations d’épisodes bibliques: elles humanisaient le divin. En effet, Il Caravaggio s’attacha à représenter ses personnages tels que vus par l’oeil humain et non comme des créations idéalisées. En plus, ses représentations religieuses n’entraient pas dans l’iconographie chrétienne traditionnelle. Ainsi, il peignit une Madeleine repentante comme une jeune femme plongée dans une profonde méditation, alors qu’elle était, jusque là, représentée soit en jeune femme sensuelle et séduisante, soit en ermite dans le désert.

Avec les années, il utilisa de plus en plus son art du clair-obscur pour effacer le caractère miraculeux des épisodes bibliques, soulignant au contraire la violence humaine des événements. Il parvenait à créer un effet dramatique à travers un contraste fort entre les zones très sombres de l’arrière-plan et les parties extrêmement lumineuses de l’épisode. Ses personnages se détachent ainsi parfaitement du fond monochrome, le décor ne vient pas divertir le regard et la lumière sculpte les corps. Il Caravaggio excella surtout à représenter la mort en ce qu’elle touche à l’intégrité de la chair, en ce qu’elle corrompt la forme jusqu’à la rendre au néant. Le réalisme avec lequel il peignit les corps de saints mourants, les réduisant à l’état de cadavre proche de la décomposition et ignorant ainsi leur dimension céleste, sera souvent source de scandale.

Malgré tout, la popularité du peintre alla en grandissant et atteignit toute l’Italie. Beaucoup de nobles, réunis autour du cardinal Del Monte, l’admiraient sincèrement et les jeunes peintres venaient lui demander conseil. Cependant, Il Caravaggio était un homme passionné, emporté et d’une extrême susceptibilité, qui portait malheureusement trop de crédit aux critiques. Il blessa dans des rixes ou dans des duels plusieurs de ses détracteurs et il était connu par les services de police pour son caractère violent. En mai 1606, il se retrouva dans un duel contre un jeune homme de Terni. Il fut blessé et tua son adversaire. Il avait été reconnu et dénoncé, et il fut condamné à être décapité. Ses riches protecteurs ne purent rien faire pour lui et il dut fuir Rome.

Grâce à la famille Colonna, il parvint à Naples où il fut accueilli par les Carafa-Colonna, membres importants de l’aristocratie napolitaine. Il se remit à ses pinceaux. Ses peintures prirent un ton plus macabre avec une obsession de la décapitation où il se représentait à la place du malheureux.

En 1607, il partit pour Malte, toujours grâce à la famille Colonna, et entra en contact avec le Grand Maître des Chevaliers de Saint-Jean, Alof de Wignacourt, dont il fit le portrait. Son objectif était de devenir chevalier afin de bénéficier de l’immunité et de pouvoir retourner à Rome. Après une année de noviciat, il fut adoubé chevalier de grâce, mais suite à une bagarre en août 1608 où un chevalier fut blessé, il fut jeté en prison. Il s’évada et s’enfuit en Sicile, dans la famille de son ami Minniti. Entre temps, Malte avait appris sa condamnation à mort à Rome et le radia de l’Ordre.

En octobre 1609, il retourna à Naples se mettre sous la protection des Colonna. Lorsqu’il apprit que le pape Paul V envisageait de le gracier, il partit pour Rome. Mais affaibli par le paludisme qu’il avait attrapé en prison, il s’arrêta à Porto Ercole où il mourut le 18 juillet 1610 sans avoir atteint la ville de son coeur et sans savoir que le pape l’avait gracié.

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