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Duccio Galimberti naquit le 30 avril 1906 à Cuneo. Il était le fils de Tancredi Galimberti, ministre sous le gouvernement de Giuseppe Zanardelli, puis sénateur sous Benito Mussolini, et d’Alice Schanzer, poétesse et critique littéraire. Duccio devint avocat après avoir passé sa license à l’université de Turin et fit une brillante carrière de pénaliste au barreau de Cuneo, sans pour autant s’inscrire au parti fasciste.

En 1939, il s’engagea comme simple soldat et, à partir de 1940, il tenta d’organiser les différents mouvements antifascistes à Cuneo. Il fut l’un des fondateurs du Partito d’Azione, rassemblant autour de lui ses compagnons universitaires qui partageaient les mêmes idéaux. Entre l’automne 1942 et avril 1943, il élabora avec Antonino Rèpaci le premier projet de constitution européenne, Progetto di costituzione confederale europea ed interna.

Lorsque Mussolini fut destitué de ses fonctions en juillet 1943, Galimberti se montra au grand jour dans un discours depuis les fenêtres de son bureau sur la place principale de Cuneo. Il répondit au nouveau chef du gouvernement, le général Pietro Badoglio, qui avait confirmé que la guerre continuait aux côtés des Allemands, en déclarant: «Sì, la guerra continua fino alla cacciata dell’ultimo tedesco, fino alla scomparsa delle ultime vestigia del regime fascista!» («Oui, la guerre se poursuit jusqu’à l’expulsion du dernier Allemand, jusqu’à la disparition des derniers vestiges du régime fasciste!») A cause de cette prise de position, les nouvelles autorités émirent immédiatement un mandat d’arrêt contre lui, mais il fut levé au bout de trois semaines.

Lors de l’armistice de Cassibile du 8 septembre 1943, Galimberti tenta vainement de convaincre le commandement militaire de Cuneo de s’opposer à l’avance de l’armée allemande qui déferlait sur toute la péninsule. Il s’enfuit alors avec dix de ses compagnons dans la vallée du Gesso où il créa le premier noyau de la bande partisane Italia Libera qui devint, avec une autre bande de la vallée de Grana, la première division alpine des brigades Giustizia e Libertà. Galimberti montra un certain talent dans sa capacité à organiser et à mener des opérations de guérilla. Il était responsable, entre autres, du recrutement des nouveaux partisans, évaluant la validité « morale » des postulants. En effet, le risque était assez élevé de trouver parmi eux des espions fascistes.

En janvier 1944, il fut nommé commandant de toutes les divisions Giustizia e Libertà du Piémont et devint leur représentant auprès du comité militaire régional. En mai, il se rendit à Barcelonnette en France pour signer un pacte de coopération et d’amitié avec les résistants français et il organisa, dans la même période, des actions coordonnées entre le Piémont et la Vallée d’Aoste. Durant l’été, il déménagea à Turin pour prendre le poste de commandant militaire régional.

Suite à une dénonciation, Galimberti fut arrêté le 28 novembre 1944, dans une boulangerie de Turin. Les tentatives désespérées des forces de résistance pour effectuer un échange de prisonniers avec les Allemands furent vaines: à cause de son statut très élevé parmi les partisans, il était devenu une personnalité trop importante pour que les Allemands le laissent s’échapper. Quatre jours plus tard, dans l’après-midi du 2 décembre, un groupe de fascistes du Bureau politique de Cuneo vint le chercher pour l’emmener à la caserne des Brigades Noires. Il y fut interrogé et torturé, mais les fascistes ne purent obtenir aucun renseignement concernant l’organisation des partisans de la région.

Le matin du 4 décembre 1944, il fut emmené dans le village de Centallo, près de Cuneo, où il fut fusillé dans le dos. Il reçut à titre posthume la médaille d’or à la valeur militaire, la médaille d’or de la résistance et fut proclamé héros national par le Comité de libération nationale du Piémont.

Huit ans plus tard, le 4 décembre 1952, l’écrivain et homme politique Piero Calamandrei lui dédia son célèbre poème Lapide ad ignominia. Après la guerre, en 1947, le maréchal allemand Albert Kesselring avait été condamné à mort par un tribunal militaire britannique à Venise pour les crimes de guerre que son armée avait commis dans le sud de l’Italie, lors de la retraite allemande. Le gouvernement italien avait refusé d’exécuter la condamnation à mort (depuis 1944, la peine de mort était interdite en Italie) et les Anglais avaient commué la peine en prison à vie. Kesselring avait été transféré en Allemagne, sa peine avait été réduite en 1948 à 21 ans, puis en octobre 1952, il avait été libéré pour des raisons de santé. A sa sortie de prison, il avait déclaré n’avoir rien à se reprocher et que, au contraire, les Italiens devraient lui ériger un monument pour le bien qu’il avait fait pour eux. En réponse à cette déclaration, Calamandrei publia son monument à la honte, érigé dans les villes de Cuneo et de Montepulciano.

Tu l’auras
Kamerad Kesselring
Le monument que tu exiges de nous Italiens
Mais avec quelle pierre on le construira
C’est à nous de le décider

Pas avec les pierres enfumées
Des bourgs sans défense ravagés par ton
extermination
Pas avec la terre des cimetières
Où nos tous jeunes compagnons
Reposent en paix
Pas avec la neige inviolée de nos montagnes
Qui durant deux hivers te défièrent
Pas avec le printemps de ces vallées
Qui te vit fuir

Mais seulement avec le silence des torturés
Plus dur que tout rocher
Seulement avec la roche de ce pacte
Juré entre hommes libres
Qui s’assemblèrent volontairement
Par dignité et non par haine
Décidés à racheter
La honte et la terreur du monde

Si tu voulais un jour revenir sur ces routes
Tu nous trouverais à notre poste
Morts et vivants avec le même engagement
peuple serré autour du monument
Qui s’appelle
Aujourd’hui et pour toujours
Résistance

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