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Parmi les églises de Florence, Santa Maria Novella est souvent négligée: il lui manque la grandeur de la cathédrale ou le caractère poignant de Santa Croce, où Michel-Ange et Galilée sont enterrés. Et même si ses fresques de la Renaissance peuvent rivaliser avec beaucoup d’autres en Italie, son emplacement dans le quartier près de la gare ferroviaire décourage de nombreux visiteurs. Pourtant elle recèle un trésor unique qu’aucune autre église ne peut égaler: elle abrite la plus vieille pharmacie d’Europe datant du XIVe siècle.

Au début du XIIIe siècle, les frères dominicains s’installèrent à Florence et transformèrent l’oratoire Santa Maria delle Vigne en une grande basilique attachée à un monastère. Ils y construisirent une officine pour distiller à partir de simples (variétés végétales aux vertus médicinales) des médicaments, des élixirs, des baumes et des onguents destinés aux moines. En 1381, ils commencèrent la vente de l’eau de rose utilisée comme désinfectant pour nettoyer les maisons après les épidémies de peste. Ils fabriquèrent également des toniques à base de vinaigre et des concoctions calmantes.

La réputation des produits se répandit dans toute l’Europe, en grande partie grâce à Catherine de Médicis pour laquelle les moines préparaient des essences et des parfums, et en 1612, ces derniers ouvrirent une pharmacie publique avec l’accord du grand-duc  de Toscane, Ferdinand II de Médicis. Elle reçut le titre de Fonderia di Sua Altezza Reale en 1659. Au XVIIIe siècle, ses produits se vendaient jusqu’en Russie, en Inde et en Chine. Après la confiscation des biens de l’Église par le gouvernement italien, en 1866, la propriété de la pharmacie passa à l’Etat. Cependant, sa gérance fut confiée à Cesare Augusto Stefani, le neveu du dernier directeur, Fra Damiano Beni. C’est grâce à la famille Stefani et à ses descendants que la pharmacie est restée active jusqu’à nos jours.

Actuellement, la « pharmacie » ne vend pas de médicaments. En continuant la tradition des moines, elle s’est spécialisée dans les produits de soin, les parfums, les essences et les encens. Au début des années 2000, elle a ouvert un petit atelier à l’extérieur de la ville où les anciennes techniques des moines ont été simplifiées, mais où la fabrication continue à se faire à la main. Elle occupe toujours les locaux originaux et elle s’est étendue dans le monde entier avec des magasins à New York, à Los Angeles et à Tokyo.

L’intérieur est un véritable musée. La plupart des fresques, des voûtes, des étagères et des décorations sont d’époque.

L’accès à la salle de l’ancienne pharmacie de 1612 se fait depuis le cloître par une magnifique porte dessinée par Matteo Nigetti. Les étagères et le comptoir datent du XVIII. Cette pièce sert aujourd’hui d’herboristerie.

L’actuelle salle des ventes était une ancienne chapelle dédiée à saint Nicolas de Bari reconvertie en 1848 en salle principale avec un accès direct sur la Via della Scala. Son plafond voûté est peint de fresques par Paolino Sarti, représentant les quatre continents et l’essor de la pharmacie et de ses produits à travers le monde.

La salle verte a d’abord servi de laboratoire aux moines. Au XVIIe siècle, elle servit de salon pour les visiteurs importants qui voulaient goûter aux spécialités de la maison ou boire du chocolat chaud. Les meubles sont du XVIIIe siècle.

L’ancienne sacristie a été transformée en salle des arômes au XVIIe siècle et accueille aujourd’hui la bibliothèque. Ses murs sont entièrement peints de fresques représentant la Passion du Christ. Ces fresques sont l’oeuvre du peintre du XVe siècle, Mariotto di Nardo, et sont de l’école de Giotto.

La dernière pièce est le musée. Il a été établi pour exposer les machines et l’équipement utilisés pour la production des produits. On y trouve entre autres une magnifique collection de 42 jarres en faïence de Montelupo, datant de la fin du XVe au début du XVIIe siècle.

En mai 2012, la pharmacie a célébré son quatre centième anniversaire avec la création de deux parfums spéciaux, Ottone et Porcellana, qui retracent les origines des essences utilisées depuis des siècles. Les parfums créés pour Catherine de Médicis sont toujours en vente, ainsi que l’eau de rose du XIVe siècle. A noter que le directeur actuel, Eugenio Alphandery, a exploré une nouvelle fragrance associée à sa passion des voitures de sport: Nostalgia, en référence à la célèbre course Millemiglia, rassemble un bouquet typique des anciennes voitures, composé de l’odeur de caoutchouc brûlé, de bois et de cuir, avec un soupçon d’essence…

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