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En 1931, dans la pénombre crépusculaire de la jungle indienne, un homme marchait près de la voie de chemin de fer lorsqu’il fut attaqué par un gigantesque boa. Alors que le reptile commençait à broyer la cage thoracique du malheureux, un tigre s’élança sur le groupe, mais se retrouva vite prisonnier des monstrueux anneaux. Le combat en était à son paroxysme lorsque le train surgit et faucha homme et bêtes qu’il laissa dans un enchevêtrement sanglant. Cet événement sans aucune importance ni conséquence historique fut cependant le principal sujet de discussion des foyers italiens pendant la première semaine d’octobre 1931. En effet, grâce à un talentueux et méticuleux artiste, l’information était parvenue jusqu’aux logis les plus reculés par l’intermédiaire de la dernière page de l’hebdomadaire La Domenica del Corriere du 4 octobre.

Pendant 43 ans, Achille Beltrame illustra l’actualité sur les couvertures du journal. Ses tableaux atteignaient les populations les plus déshéritées, même analphabètes, qui pouvaient ainsi suivre aussi bien les grands bouleversements politiques du début du XXe siècle que les consécrations religieuses, la succession des rois des cours européennes, les actes héroïques des soldats pendant la Première Guerre mondiale, les faits d’armes des carabinieri contre le banditisme, les exploits sportifs, les catastrophes naturelles ou les faits divers les plus singuliers. Sans jamais avoir quitté Milan, Bertrame représenta, avec un sens rigoureux de réalisme, des terres et des lieux, des ambiances, des personnages et des situations qu’il n’avait jamais vus de ses propres yeux. Il emmena ses lecteurs du pôle Nord au pôle Sud, sur tous les continents, dans les savannes et les métropoles lointaines. Ils vécurent la tragédie du tremblement de terre de Messine en 1908, assistèrent à la victoire de Dorando Pietri aux Jeux olympiques de Londres la même année, firent naufrage avec le Titanic en 1912, participèrent aux funérailles de la reine Marguerite de Savoie au Panthéon en 1926, rendirent hommage à Gabriele d’Annunzio sur son lit de mort en 1938 ou découvrirent les horreurs des champs de bataille de la Deuxième Guerre mondiale.


Beltrame naquit en 1871 et fit ses études à l’Académie des Beaux-Arts de Brera à Milan. Il fut l’élève de Francesco Hayez et de Giuseppe Bertini. Il maîtrisait les techniques de la peinture, sans pour autant être un génie. Son véritable talent était dans son coup de crayon et dans sa manière d’imaginer et de croquer une situation avec ses personnages, son atmosphère et son décor. Il travailla d’abord dans une agence de graphisme où il créa quelques affiches devenues célèbres depuis. En 1899, le directeur du Corriere della Serra, Luigi Albertini, vint le chercher pour illustrer le tout nouveau hebdomadaire du journal. Albertini cherchait à accompagner le très sérieux « Corriere » par une publication illustrée à caractère populaire et avait eu l’idée de génie de vulgariser l’actualité par des dessins la représentant le plus fidèlement possible.


Beltrame travailla jusqu’à sa mort, en 1945. Sur l’ensemble de sa carrière, il réalisa 4’662 illustrations pour La Domenica qui, assemblées, résumeraient l’essentiel de l’actualité entre 1899 et 1943.

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