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L’Eglise évangélique vaudoise est née de la prédication de Pierre Vaudès, un marchand de Lyon qui, suite à une crise religieuse, fonda la fraternité des Pauvres de Lyon. C’est en entendant un passage de la vie de saint Alexis, en 1173, que la vie de Vaudès changea radicalement. Il éprouva le désir de vivre plus près du Christ et de suivre l’idéal de pauvreté des apôtres. Il commença à prêcher dans les rues de Lyon, mais seuls les prêtres et les clercs étaient autorisés à le faire par l’Eglise catholique et il fut chassé de la ville avec ses disciples. Les « Pauvres de Lyon », comme ils se firent connaître avant d’être appelés les vaudois, vécurent pauvrement et se répandirent rapidement en Provence et en Italie du Nord. Ils se consacraient à trois activités: les Sandaliati, qui étudiaient les écritures pour y trouver et y corriger les erreurs de l’Eglise catholique; les Doctores, qui enseignaient et formaient les missionnaires; et les Novellani, qui prêchaient auprès de la population. En outre, Vaudès fit traduire plusieurs livres de la Bible en provençal, ce qui provoqua un engouement populaire pour la lecture et la propagation de la Bible.

En 1179, Vaudès se rendit à Rome où il dut expliquer sa vision de la foi devant un collège d’ecclésiastiques. Ses connaissances en théologie étaient tellement lacunaires qu’il ne fut pas pris au sérieux et fut condamné, lors du concile du Latran tenu la même année, à arrêter ses prédications. Il continua cependant à prêcher ce qu’il considérait être les vrais préceptes enseignés par Jésus-Christ, qui auraient été corrompus par la suite lorsque l’empereur Constantin Ier christianisa l’Empire romain. Ce fut cette déviance par rapport aux dogmes, plus que son voeu de pauvreté, qui conduisit à son excommunication en 1184 lors du concile de Vérone. En effet, quelques années plus tard, saint François d’Assise fondait l’Ordre des frères mineurs, basé sur la pauvreté totale et la prédication, mais, à la différence de Vaudès, il respecta toujours l’enseignement de l’Eglise.

Vaudès s’enfuit et mourut au début du XIIIe siècle, probablement en Allemagne, sans jamais avoir été capturé. Lors du concile du Latran de 1215, sa doctrine fut frappée d’hérésie et les vaudois furent poursuivis par les tribunaux ecclésiastiques. Ils s’étaient répandus en Italie du Nord, surtout au Piémont et en Ligurie, et se réfugièrent dans les vallées alpines. Pour échapper à l’Inquisition, ils arrêtèrent de prêcher en public et s’installèrent dans des petites communautés rurales où ils formaient les convertis et pratiquaient discrètement mais fermement leurs croyances. Leur règle de foi était simple: ils rejetaient tout point de doctrine qui ne leur paraissait pas conforme aux enseignements et à l’esprit de la Parole de Dieu, en même temps qu’ils professaient de croire et d’observer tout ce qu’elle révèle et ordonne. Dès les temps les plus reculés, cette déclaration toujours la même, sinon dans les termes du moins dans l’esprit, fut un des traits distinctifs de leur physionomie religieuse. Prenant à la lettre l’ordre de l’esprit de Dieu sur la vérité révélée (« Tu n’y ajouteras rien et tu n’en retrancheras rien »), les anciens vaudois rejetaient les doctrines basées sur l’autorité et les traditions du clergé.

En 1487, le pape Innocent VIII émit une bulle contre les vaudois, proclamant que quiconque tuerait un hérétique obtiendrait la pardon de ses péchés et jouirait, comme propriétaire légitime, des biens dont il le dépouillerait. Le duc de Savoie, Charles Ier, tenta de réfréner le zèle de l’archidiacre de Cremona, sur ses territoires, sans grand succès, et nombre de vaudois durent fuir en Provence et dans le sud de l’Italie. La cruauté des inquisiteurs détermina Louis XII à intervenir, en 1501, auprès du pape Alexandre VI afin d’obtenir une bulle absolvant les vaudois.

Jusqu’au début du XVIe siècle, les vaudois se considéraient comme catholiques. Mais avec l’arrivée de la Réforme protestante, le mouvement se tourna vers la théologie de Jean Calvin et adopta ses croyances. En 1532, au synode de Chanforan, les vaudois se convertirent officiellement et fondèrent la branche italienne de l’Eglise réformée. Ils abandonnèrent ainsi un certain nombre de pratiques de la clandestinité. Ils refusèrent désormais les règles catholiques, bâtirent des temples et célébrèrent le culte ouvertement. Les pasteurs furent attachés à une paroisse et non plus itinérants comme les « barbes » du Moyen-Àge. Ils financèrent la traduction, en français cette fois, de la totalité de la Bible, la célèbre Bible d’Olivétan.

Les persécutions cependant continuèrent: en 1545, à Mérindol en Provence, 3’000 vaudois furent massacrés par les troupes de François Ier, 670 survivants envoyés aux galères et 24 villages rasés; et en Italie du Sud, en 1561, la colonie vaudoise de Calabre fut décimée, ses membres massacrés ou vendus comme esclaves, ses survivants convertis et endoctrinés par les jésuites.

La même année, au Piémont, le duc de Savoie, Emmanuel-Philibert Ier, signa la paix de Cavour qui garantissait la liberté de culte dans certaines localités éloignées des vallées vaudoises. Cette paix se maintint bon an mal an jusqu’à la peste de 1630 qui décima les deux tiers des communautés vaudoises et surtout le collège des pasteurs, dont deux seulement survécurent. Les nouveaux ministres appelés d’urgence de Genève remodelèrent les églises sur le schéma genevois modifiant les traditions du modèle vaudois. Le français devint alors la langue officielle de l’Eglise évangélique vaudoise et ceci réduisit fortement l’impact de la prédication sur les habitants qui parlaient l’occitan ou le piémontais.

Ce fut en 1655 que se tint la période la plus dramatique de l’histoire vaudoise. La régente Christine, veuve de Charles-Emmanuel Ier et belle-soeur de Charles Ier d’Angleterre qui avait été exécuté par la première révolution anglaise, pensait comme tous les monarques catholiques que la répression était une nécessité historique. Sous prétexte de troubles dans les communautés vaudoises, elle envoya dans les vallées reculées ses troupes armées qui ne se contentèrent pas de tuer les habitants, mais les torturèrent et les assassinèrent avec sadisme. Sur les 14’000 vaudois du Piémont en 1655, 2’000 périrent et 8’500 furent faits prisonniers et envoyés aux galères. Les survivants durent se réfugier parmi les communautés protestantes européennes. En 1688, profitant d’une accalmie, 900 vaudois qui avaient été accueillis à Genève purent revenir discrètement dans leurs villages, à pied, en passant par les crêtes, dans une expédition connue sous le nom de la glorieuse rentrée.

A partir du début du XVIIIe siècle, les vallées vaudoises ne furent plus qu’une enclave protestante dans le Piémont catholique devenu Royaume de Sardaigne et la répression de la maison de Savoie ne se fit plus militaire, mais sociale: restriction du nombre de communes où les protestants étaient tolérés; interdiction des mariages entre catholiques et « hérétiques »; interdiction de travailler de manière permanente pour les catholiques; défense d’enterrer leurs morts dans les cimetières catholiques et de les accompagner à plus de six personnes. Des églises furent construites en territoire vaudois pour des paroisses catholiques, parfois réduites au seul curé. Malgré ses brimades constantes, les vaudois réussirent à subsister grâce à l’appui des Églises des pays protestants qui leur fournirent des pasteurs et des subsides pour fonder des écoles. Des bourses d’études permirent aux jeunes d’aller étudier à l’étranger.

En 1848, enfin, le roi Charles-Albert de Savoie octroya à ses sujets non-catholiques (juifs et protestants) une lettre patente par laquelle il leur rendait leurs droits civiques et politiques, et qui les autorisait à suivre des études supérieures et à pratiquer des professions libérales. Cette lettre patente ouvrait aussi les ghettos dans lesquels les vaudois avaient été enfermés et la construction du temple de Turin, inauguré en 1853, symbolisa la revendication du droit de prêcher en dehors des vallées. La commune de Torre Pellice devint le siège principal des institutions de l’Église évangélique vaudoise avec la création d’un lycée, d’un hôpital, d’un temple et d’un musée. Même s’il faudra attendre un siècle pour que l’Eglise protestante soit reconnue à égalité avec l’Eglise catholique, la date du 17 février 1848 est fêtée par les vaudois avec des feux de joie, des cortèges et des cultes solennels. Cette date est appelée aussi « Fête des libertés ».

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