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En 1958, l’ingénieur de Bologne Giorgio Rosa et sa femme, Gabriella Chierici, déposèrent un brevet pour un « système de construction d’îles artificielles en acier et béton à usage civil ou industriel ». L’invention était simple: l’île serait construite à quai, puis remorquée en flottant sur le lieu choisi. Dans le même temps des piliers creux en acier seraient enfoncés dans le sol marin et remplis de ciment, évitant ainsi tout problème de corrosion. L’île serait ensuite fixée sur les piliers.

Les 15 et 16 juillet de la même année débutèrent les premières enquêtes sur le lieu choisi, appelé « Z », à environ 11,5 km de la côte de Rimini, soit 500 mètres à l’extérieur des eaux territoriales italiennes. Les travaux de construction commencèrent en 1965 et durèrent deux ans. Le 20 août 1967, l’île d’acier était finie. Elle fut appelée en espéranto Libera Teritorio de la Insulo de la Rozoj (Territoire Libre de l’Ile de la Rose) en l’honneur de son constructeur qui voulait voir les roses fleurirent sur la mer. Elle était composée de deux niveaux de 400 m² chacun et signalée aux bateaux naviguant sur l’Adriatique par des balises et des feux rouges.

Afin de rentabiliser sa coûteuse invention, Rosa ouvrit son île au public et contacta quelques partenaires commerciaux. Il fut décidé de construire un café, un restaurant, une discothèque, quelques boutiques et une poste. L’île étant à l’extérieur des eaux italiennes, elle n’était soumise à aucun impôt fiscal. Les touristes pouvaient y accéder par bateau depuis Rimini ou s’y arrêtaient en escale lors de leurs croisières.

Le 1er mai 1968, l’île déclara son indépendance. Elle prit le nom d’Esperanta Respubliko de la Insulo de la Rozoj. A sa tête, un président de la République et un président du Conseil des ministres avec cinq ministères: Finances, Commerce et Industrie, Relations, Intérieur et Affaires étrangères. Son blason et son drapeau représentaient trois roses rouges et son hymne national était tiré de l’opéra de Richard Wagner, Le Vaisseau Fantôme. L’espéranto fut choisi comme langue officielle, afin d’établir clairement l’indépendance de la nouvelle république par rapport à l’Italie et de souligner son caractère international. L’unité de la monnaie était le Mill (Milo en espéranto) et correspondait à la Lire italienne. Aucune pièce n’eut le temps d’être frappée. Par contre, un timbre de 30 Mills fut émis. Les lettres étaient estampillées avec le tampon de l’île, puis acheminées en Italie où un timbre italien était ajouté à l’enveloppe.

Le 24 mai, Rosa organisa une conférence de presse sur l’île où il dévoila l’existence de la nouvelle république. Les autorités italiennes s’inquiétaient déjà du trafic provoqué par le transport des touristes entre Rimini et l’île et voyaient dans les manoeuvres de Rosa un stratagème pour échapper aux contrôles fiscaux. Le 25 juin, un groupe de carabinieri et d’inspecteurs de la Guardia di Finanza prirent possession de l’île et imposèrent un blocus naval. Le Conseil de l’Insulo de la Rosoj envoya alors un télégramme au gouvernement italien pour protester contre « la violation de sa souveraineté et les dommages occasionnés par l’occupation militaire », sans succès. Dans le même temps, elle émit un nouveau timbre marqué « Milita Itala Okupado ».

Dans les mois qui suivirent, Rosa, son conseil de ministres et les habitants de la côte italienne se battirent pour récupérer l’île. Malheureusement, l’ordre fut donné de la détruire début 1969. Elle était tellement solide que les premières tentatives échouèrent. Alors que quelques piliers résistaient encore aux charges de dynamite, elle fut finalement détruite par une violente tempête sur l’Adriatique le 26 février 1969. La dernière action du Conseil fut d’émettre un nouveau timbre qui conclut la brève histoire de cette micronation.

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