Mots-clefs


Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, fut un peintre qui sut rendre la beauté de Venise comme personne avant lui. Né en 1697, il était le fils d’un décorateur de théâtre et fit son apprentissage dans son atelier. Il devait peindre les toiles de fond des spectacles et une de ses premières commandes fut de décorer un opéra d’Antonio Vivaldi.

Entre 1718 et 1720, il se rendit à Rome avec son père et son frère aîné pour exécuter les scènes d’un drame d’Alessandro Scarlatti. Ce voyage fut d’une grande importance pour le jeune Canaletto, car il découvrit le védutisme, un mouvement pictural basé sur la représentation très détaillée de paysages urbains. Trois peintres en particulier l’influencèrent: Viviano Codazzi dont les peintures mélangeaient l’art de l’illusion et de la fantaisie, Gaspar van Wittel considéré comme le père du védutisme, et Giovanni Paolo Pannini qui avait développé ce genre en y apportant l’art du capriccio (représentation de paysages partiellement imaginaires). Canaletto s’exerça immédiatement en réalisant quelques oeuvres considérées aujourd’hui comme malhabiles.

De retour à Venise en 1721, Canaletto perfectionna son art aux côtés des peintres Luca Carlevarijs et Marco Ricci. Très rapidement, il surpassa ses maîtres. Il réussit à mettre en valeur Venise grâce à une attention au réalisme touchant la perfection et une remarquable maîtrise de la perspective. Par de très séduisants effets de lumière, ses tableaux dégagent un éclairage limpide qui exalte l’architecture de la ville. Canaletto reproduisit très minutieusement palais, églises, places et débarcadères, tout en ajoutant un élégant imaginaire urbain qui donne à l’ensemble une interprétation idéale du paysage.

Grâce à une camera obscura qu’il transportait directement sur les lieux qu’il désirait peindre, Canaletto effectuait des croquis précis du décor. Il les accompagnait d’informations et d’observations, telles que les couleurs, les matériaux, le nom des échoppes ou le nombre de fenêtres et de colonnes, et ajoutait des commentaires sur les éléments urbains environnants. Ces croquis étaient ensuite transposés dans sa peinture avec des modifications subtiles qui transformait la réalité en une topographie sublimée et idyllique de Venise.

Une fois le décor posé, Canaletto rendait ses tableaux extraordinairement vivants avec l’ajout de détails qui donnent le sentiment de vérité. Pour reproduire l’échelle et le type de vie de l’endroit, il peignait gentilshommes, dames, gondoliers, pauvres, turcs, marchands, chiens, tout ce petit monde qui faisait la vie de Venise. La lagune est présente dans ses toiles, mais Canaletto s’attachait principalement à représenter les scènes de rues, la vie quotidienne ou les cérémonies de fête.

Le talent de Canaletto fut tel qu’il entra dans la confrérie des peintres de Venise dès le début des années 1720. A partir de 1725, il trouva des mécènes qui lui commandèrent des toiles pour commémorer les événements festifs de la Sérénissime, comme par exemple le Ricevimento dell’ambasciatore francese a Palazzo Ducale ou le Bucintoro al Molo il giorno dell’Ascensione. Mais la rencontre qui l’établit confortablement au-dessus de ses pairs fut celle avec le collectionneur d’art anglais, Joseph Smith, installé à Venise depuis 1700. Au début du XVIIIe siècle, les nobles anglais parfaisaient leurs études avec un Grand Tour à travers l’Europe. L’Italie était une destination incontournable et Smith servait très souvent d’hôte à ses compatriotes lorsqu’ils passaient par Venise. Le collectionneur, qui avait d’abord été un client de Canaletto, devint ensuite son intermédiaire auprès de ces jeunes gens. Il les mettaient en contact afin qu’ils puissent lui commander une toile à rapporter en Angleterre.

Les toiles de Canaletto se vendirent rapidement très vite et très bien. Il était âpre au gain et avait tendance à revoir ses prix à la hausse. Lorsque la Guerre de Succession d’Autriche des années 1740 détourna le parcours du Grand Tour vers la Grèce, entraînant une baisse de son commerce, il décida de partir à Londres rencontrer directement ses clients. Avec l’aide de Smith, il s’intégra parmi l’aristocratie anglaise et peignit ses demeures et maisons de campagne. Son style changea légèrement, tout en utilisant les mêmes techniques. Alors que ses vedute vénitiennes représentaient une architecture complexe et vivante, ses paysages anglais se firent plus épurés et plus sereins. En tout, Canaletto passa presque neuf ans à Londres et revint à Venise vers 1755.

A la fin de sa vie, Canaletto s’attacha plus particulièrement à l’art du capriccio. Il exécuta par exemple le Capriccio palladiano, une toile représentant la Basilica Palladiana d’Andrea Palladio dans le quartier du Rialto avec un pont Rialto imaginaire construit par Palladio à la place de celui d’Antonio da Ponte.
En 1763, il fut élu à l’Accademia Veneziana di Pittura e Scultura. Il mourut le 19 avril 1768 et est enterré dans l’église de San Lio.

Son style fut abondamment copié et il se battit toute sa vie pour faire reconnaître ses oeuvres comme authentiques. Son neveu et élève, Bernardo Bellotto, signa même ses oeuvres « B. Canaletto ». Son élève le plus illustre fut Francesco Guardi qui est considéré comme le dernier grand maître de la peinture vénitienne.

Lien externe

Publicités