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Giuseppe Petrosino est né en 1860 à Padula, près de Salerne. Sa famille était d’origine modeste, sans être pauvre, et tous les garçons de la fratrie purent faire leurs écoles. La famille prévoyait d’émigrer aux Etats-Unis, et le père envoya le jeune Giuseppe avec son cousin Antonio en avance pour aller vivre avec leur grand-père à New York. Les deux adolescents firent des petits jobs, vendeur de journaux, cireur de chaussures, et apprirent l’anglais. Un jour, malheureusement, vers 1873, le grand-père mourut renversé par une voiture et les deux cousins se retrouvèrent devant le tribunal des tutelles. A la place de les envoyer dans un orphelinat, le juge décida de les prendre chez lui, le temps d’avertir la famille en Italie et d’organiser son arrivée aux Etats-Unis. C’est ainsi que Giuseppe se retrouva dans un environnement irlandais lié au milieu politique de la ville qui lui ouvrit des portes de formation et d’emploi jusque-là inaccessibles aux immigrés italiens.

Petrosino se naturalisa américain et, en 1883, il entra dans le New York City Police Department (NYPD). Il commença en bas de l’échelle: c’était le seul agent italien de son unité et il était considéré avec une certaine méfiance par ses collègues irlandais. Mais il avait pour lui la détermination et l’intelligence. Dans le cadre de ses activités, il rencontra un homme avec qui il se lia d’amitié et qui lui fit confiance toute sa vie, Théodore Roosevelt. Lorsque ce dernier devint chef de la police de New York en 1895, il promut Petrosino au grade de sergent détective responsable de la section Homicide, faisant de lui le premier italo-américain à diriger des enquêtes criminelles.

Les vagues successives et rapprochées d’immigrés italiens avaient posé de graves problèmes d’ordre public à la police new yorkaise. Principalement composée d’Irlandais, elle ne pouvait comprendre, ni se faire comprendre par les habitants de Little Italy, ce qui avait généré un climat favorable au développement des organisations criminelles. Ces dernières avaient pris le contrôle de toutes les structures sociales de la vie misérable et insalubre des immigrés, et Little Italy était devenue le terreau idéal pour la prolifération criminelle. Avec l’arrivée de Petrosino à la tête de la section d’enquêtes, les chefs de gang se retrouvaient soudainement face à un ennemi qui parlait leur langue, qui connaissait leurs méthodes et qui pouvait entrer dans leur environnement. En plus, Petrosino leur vouait une rancune farouche d’entacher la réputation de ses compatriotes honnêtes et de compromettre le potentiel bénéfique que représentait l’arrivée des Italiens à New York.

Beaucoup plus petit de taille que ses collègues irlandais, Petrosino était trapu et très fort. Il surprenait ses adversaires qui découvraient avec consternation la puissance et la vitesse de ses poings. Cette propension à utiliser la force pour neutraliser les voyous et obtenir des criminels la vérité a certainement nui à sa réputation de détective patient et intuitif, mais c’était un homme dur et courageux dont la résolution de ses cas les plus célèbres fut le fruit de longues heures de recherche.

En 1901, il infiltra l’organisation anarchiste qui avait soutenu le meurtrier du roi d’Italie, Umberto Ier. Dans le cadre de sa mission, il apprit qu’un attentat se préparait contre le président américain William McKinley pendant son voyage à Buffalo. Petrosino alerta les services secrets, mais McKinley ignora l’avertissement, malgré les conseils du vice-président Roosevelt qui garantissait les capacités d’enquête de son ami. Mal lui en a pris!

Une autre affaire dont Petrosino était extrêmement fier concernait un immigré italien, Angelo Carboni, faussement accusé de meurtre dont il réussit à prouver l’innocence et qu’il sauva de la chaise électrique quelques jours avant l’exécution.

Très vite, il devint un symbole de la lutte pour la justice et la loi.

En 1905, Petrosino fut promu lieutenant et devint le chef de « l’Italian Squad », composée de cinq détectives italo-américains pour lutter contre les organisations criminelles d’origine italienne, en particulier la Mano Nera, une ténébreuse organisation avec des ramifications en Sicile spécialisée dans le racket.

Une de ses enquêtes impliqua le ténor Enrico Caruso, alors en tournée à New York, qui faisait l’objet de chantage de la part de la Mano Nera qui lui demandait de l’argent en échange de sa vie. Petrosino réussit à convaincre le chanteur de l’aider à attraper les responsables.

Un autre cas impliquait un des chefs de la Camorra de Naples, fraîchement arrivé d’Italie, Enrico Alfano, qui s’était vanté de s’occuper personnellement de Petrosino. Ce dernier le trouva, l’arrêta en neutralisant ses gardes du corps et le traîna par la nuque jusqu’au commissariat, à travers les rues de Little Italy, sans lui donner la possibilité de se relever, pour bien montrer qu’il était impitoyable avec les criminels. Alfano fut ensuite extradé en Italie.

L’enquête qui assit définitivement sa réputation de courage et de bravoure concernait le tueur le plus redouté de Little Italy, Ignazio Lupo. « Lupo the Wolf » faisait partie de la plus puissante famille mafieuse de New York, les Morello, et était associé à des criminels dont les meurtres avaient fait trembler la Sicile. Il avait proféré des menaces de mort contre Petrosino. Malheureusement pour lui, Petrosino en entendit parler et décida de l’affronter. Il le rencontra dans un magasin de Little Italy où ils échangèrent des insultes. Une en particulier enragea Petrosino qui perdit tout contrôle sur lui-même. A coups de poings, il expulsa le truand dans la rue et lui infligea un passage à tabac comme personne n’en avait encore jamais vu. Lorsqu’il en eut fini, il prit Lupo par les pieds et l’enfila la tête la première dans une poubelle, puis se tournant vers les spectateurs ébahis et incrédules, il leur demanda: « Est-ce le lâche dont vous avez tous si peur? Regardez comme il a l’air dur maintenant? » Lupo ne s’en remit jamais.

En 1909, une de ses enquêtes le mena à un mafieux, Vito Cascio Ferro, qu’il avait arrêté pour meurtre en 1903, mais qui avait été acquitté et qui s’était réfugié en Sicile. Petrosino décida alors de partir à Palerme en mission secrète pour enquêter sur le nouveau réseau qu’avait construit Cascio Ferro. Malheureusement, le commissaire Thomas Bingham vendit la mèche au New York Herald qui publia la nouvelle le 20 février, juste avant le départ de Petrosino. Malgré le danger, ce dernier décida de partir quand-même. Le 12 mars, peu après son arrivée à Palerme, il reçut un message d’un informateur qui lui donnait rendez-vous le soir même à la place Marina. Alors qu’il attendait, il fut abattu de quatre coups de feu, trois en succession rapide, le dernier dans la tête alors qu’il s’écroulait. Ses deux assassins réussirent à s’échapper. Les autorités siciliennes mirent leur tête à prix, mais la peur de la mafia était trop forte et personne ne les dénonça. Vito Cascio Ferro fut arrêté, puis relâché, un de ses comparses lui ayant fourni un alibi. Il proclama plus tard que c’était lui l’assassin, ce qui lui permit d’atteindre rapidement la position de capo di tutti capi. Le meurtre de Petrosino ne fut jamais résolu et la police dut classer l’affaire.

Petrosino avait commis une énorme erreur de jugement. Aux Etats-Unis, la mafia ne tuait pas les policiers. En se rendant en Sicile, alors qu’il savait que son voyage avait été rendu public, il croyait que son insigne le protégerait et que les criminels n’oseraient pas s’attaquer à lui. Son aveuglement rappelle celui de l’homme qu’il avait autrefois voulu protéger: le président McKinley.

Son corps fut rapatrié aux Etats-Unis et ses funérailles se tinrent le 12 avril 1909 à Manhattan. La ville de New York déclara la journée fériée afin que la population puisse lui présenter ses respects. Le convoi défila pendant plus de cinq heures entre la cathédrale Saint-Patrick à Manhattan et Calvary Cemetery dans le Queens, accompagné par le Requiem de Giuseppe Verdi, et 250 000 personnes vinrent assister à la procession. Une place, juste au nord du siège du NYPD, a été renommée en son honneur.

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