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Lorsque Helmut et Erika Simon partent en randonnée dans les Alpes de l’Ötztal le 19 septembre 1991, ils ne se doutent pas qu’ils vont faire une découverte qui va bouleverser les archéologues. Au pied du Similaun, dans le glacier du Hauslabjoch, ils trouvent le cadavre momifié d’un homme. Ils alertent la gendarmerie autrichienne qui réussit à dégager le corps de sa gaine de glace le 22 septembre. Croyant d’abord qu’il s’agissait d’un alpiniste mort de froid, les enquêteurs se rendent vite compte que l’homme n’est pas mort de mort naturelle et le procureur local porte plainte contre X.

Ce sont les objets trouvés près de la momie, surnommée Ötzi par un journaliste, qui alertent les archéologues: un arc en if inachevé de 182 cm, 14 flèches dans leur carquois, une hache à lame de cuivre pur poli, un couteau à lame de silex dans un fourreau en tissu d’ortie, un petit sac contenant un nécessaire à feu et quelques champignons. Ses vêtements en lambeaux étaient également d’un autre temps: un pagne en peau de chèvre maintenu par une ceinture en peau de veau, une grande veste en cuir de chamois et de bouquetin, des jambières attachées à la ceinture par des jarretelles, une cape en fibres végétales tressées, un bonnet de fourrure en peau d’ours et des chaussures en peau, isolée par de la paille, à brides en fibres d’écorce. Le corps est alors envoyé à l’université d’Innsbruck où une équipe de scientifiques découvrent qu’ils ont devant eux la plus vieille momie découverte à l’époque, datant de 3300 av. J.-C.

Peu de temps après la découverte de la momie, des questions se posèrent sur sa position par rapport à la frontière. Au traité de Saint-Germain-en-Laye en 1919, la frontière entre l’Autriche et l’Italie avait été définie le long de la ligne du partage des eaux de l’Inn et l’Adige et le site de la découverte s’écoule en direction de l’Autriche. Toutefois, la frontière vire légèrement à l’intérieur du bassin versant et les enquêtes, en octobre 1991, ont montré que le corps avait été localisé 92,56 mètres à l’intérieur du territoire italien. La province de Bolzano a en conséquence réclamé les droits de propriété, mais a accepté de laisser l’université d’Innsbruck terminer ses examens scientifiques et l’a autorisée à mener d’autres fouilles archéologiques sur son territoire.

Le 16 janvier 1998, Ötzi a été déplacé au Museo archeologico provinciale, entre-temps renommé Museo archeologico dell’Alto Adige, qui a dû restructurer ses locaux pour l’accueillir. Le premier étage lui est complètement dédié. Pour s’assurer une conservation idéale, il a fallu artificiellement simuler une température de -6 ° C et une humidité relative de 98%, correspondant aux conditions du glacier du Hauslabjoch. Pour ce faire, un système sophistiqué et automatisé de réfrigération a été développé, avec de nombreux capteurs pour mesurer la pression atmosphérique, la température, l’humidité relative, la composition de l’air et le poids corporel de la momie. Pour l’empêcher de se dessécher peu à peu, les parois de la chambre froide sont recouvertes de tuiles de glace.

La momie peut être vue par les visiteurs du musée à travers une très petite fenêtre. Les architectes ont dû se plier aux contraintes techniques de conservation, mais ils désiraient également procurer à Ötzi une atmosphère de recueillement. En effet, l’état particulièrement bon de conservation du corps rend cette vision très réaliste, ce qui pose de façon assez crue un problème éthique quant à la présentation de la mort au musée. À cette occasion, il a fallu mener une réflexion de fond sur la double nature d’Ötzi, à la fois document archéologique exceptionnel et être humain décédé. Il avait été question un moment de l’enterrer, mais l’intérêt scientifique qu’il présente a prévalu et il a été décidé de le conserver et de l’exposer.

Aujourd’hui, une pyramide de pierre de quatre mètres de haut marque l’endroit où Ötzi a été découvert.

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