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« Le lundi 20 juillet de l’an 1304, au lever de l’aurore, dans un faubourg d’Arezzo appelé l’Orto, je naquis, en exil, de parents honnêtes, Florentins de naissance et d’une fortune qui touchait à la pauvreté », raconte Francesco Petrarca en son Epître à la Postérité.

Son père, Ser Petracco, aux côtés de Dante Alighieri, faisait partie des guelfes blancs qui furent bannis de Florence en 1302 pour avoir voulu en chasser les guelfes noirs. Le jeune Pétrarque passa sa petite enfance en Toscane, puis suivit sa famille à Avignon où son père espérait trouver un travail à la cour du pape Clément V. Avec son petit frère, Gherardo, il étudia la grammaire, la dialectique et la rhétorique à Carpentras sous la direction de celui que Pétrarque considérait comme son maître, le toscan Convenevole da Prato. Ser Petracco, lui-même notaire, destinait ses garçons à la profession de clerc et les envoya faire leurs universités à Montpellier, puis à Bologne. Pendant 7 ans, Pétrarque étudia le droit, mais lorsque leur père mourut en 1326, les deux frères revinrent à Avignon et vécurent quelque temps sur le modeste héritage paternel. Ils recherchaient la société brillante et élégante de la cour papale et ce n’est que plus tard que Pétrarque décrivit, dans Senili, l’Avignon de Jean XXII comme « l’enfer des vivants, la patrie des larves et des lémures, un grand opprobre, la plus grande puanteur de l’univers, la sentine de tous les vices. »

Très petit, Pétrarque avait montré des penchants pour la littérature et l’étude des classiques, et il regardait ses études de droit comme du gaspillage. Il avait un certain mépris pour la justice qu’il considérait comme vénale et ne voulait pas faire de son esprit une marchandise. Il commença à écrire et, afin de se trouver un revenu régulier, il entra dans les ordres mineurs. Lors de leurs études à Bologne, les deux frères s’étaient liés d’amitié avec les fils de la puissante famille Colonna et Pétrarque trouva une position chez Stefano Colonna il Vecchio qui prit rapidement la figure de père protecteur aux yeux de Pétrarque.

Le 6 avril 1327, il fit une rencontre qui bouleversa sa vie et influença l’histoire du lyrisme pendant des siècles. « Laure, célèbre par sa vertu et longuement chantée par mes poèmes, apparut à mes regards pour la première fois au temps de ma jeunesse en fleurs, l’an du Seigneur 1327, le 6 avril, à l’église de Sainte-Claire d’Avignon, dans la matinée », écrit-il. En 1338, il écrit à Giacomo Colonna: « Il est dans mon passé une femme à l’âme remarquable, connue des siens par sa vertu et sa lignée ancienne et dont l’éclat fut souligné et le nom colporté au loin par mes vers. Sa séduction naturelle dépourvue d’artifices et le charme de sa rare beauté lui avaient jadis livré mon âme. »

Mais Laure de Noves était inaccessible: elle était mariée à Hugues de Sade. Alors Pétrarque écrivit son amour. Il l’écrivit pendant trente ans, principalement en sonnets, mais aussi en chansons, en sextines, en ballades et en madrigaux. En tout, il écrivit 366 poèmes, un pour chaque jour de l’année, le dernier étant dédié à la Vierge qui, par sa beauté, couronne dignement ce chant à l’amour et à la pureté. L’oeuvre est intitulée Rerum vulgarium fragmenta, plus communément connue sous le nom de Canzoniere. Elle s’organise en deux parties articulées autour de 1348, date de la mort de Laure: In Vita di Madonna Laura et In Morte di Madonna Laura. Dans la première partie, Pétrarque est tourmenté par sa passion amoureuse; la seconde partie est plus courte et s’inscrit dans un ensemble d’abord de douleur et d’amertume, avant de s’élever vers l’apaisement et une mélancolie nostalgique. La figure de Laure, dans une illustration stylisée, représente l’idéal de l’amour, de la beauté et de la religion, et Pétrarque élève un monument poétique à sa mémoire. Il fut un des premiers à publier un recueil de poèmes, dont l’ensemble symbolisait l’unité intérieure que la libération de la passion amoureuse lui avait permis de vivre.

Le Canzoniere présente un heureux syncrétisme entre la pensée platonicienne et l’héritage chrétien de l’amour courtois. L’amour que porte Pétrarque à Laure est empreint d’un mysticisme presque profane et son idéal est plus humain, plus vivant que celui de Platon. Il en est de même entre la Béatrice de Dante et la Laure de Pétrarque: même si toutes les deux étaient des créatures exceptionnelles à la fois femme et ange, la première inspirera aux peintres des figures célestes, alors que la seconde restera indissociablement liée au monde terrestre dans lequel elle vécut.

L’amoureux et le poète dans Pétrarque travaillèrent côte à côte pour composer le Canzoniere. L’amoureux fournit au poète ses sentiments et ses émotions, ses douleurs et ses joies, ses espérances et son amertume. Le poète choisit la langue vernaculaire réservée aux matières superficielles et porta le sonnet à sa plus haute expression. Pour réaliser une oeuvre à la hauteur de l’amour qu’il éprouvait, il donna à la langue italienne une élégance encore jamais atteinte. Il travailla avec soin chaque vers, apportant sans cesse corrections ou variations, et étudiait soigneusement l’équilibre entre les poèmes individuels et leur ensemble. La régularité avec laquelle il construisit son oeuvre, ainsi que le soin qu’il porta à la composition métrique des sonnets, firent du Canzoniere un modèle de l’art poétique.

Cet amour et cette oeuvre n’empêchèrent pas Pétrarque de beaucoup voyager. De 1330 à 1333, il visita la France, l’Allemagne et la Rhénanie. Il cherchait à rassembler les textes des auteurs classiques dispersés à travers l’Europe afin de reconstituer et continuer leurs oeuvres. A son humanisme s’ajoutait une prise de conscience nationale qui jugeait les autres cultures barbares. C’est ainsi qu’il écrivit un poème épique en latin, Africa, qui raconte les exploits de Scipion l’Africain contre Carthage lors de la Seconde guerre punique. Pétrarque considérait cet ouvrage comme son chef-d’oeuvre, car il lui apporta une célébrité internationale et lui permit d’atteindre la gloire sublimée d’être le premier poète de la Renaissance à recevoir, le 8 avril 1341, la couronne de laurier d’Apollon au Capitole de Rome.

D’autre part, il vénérait Rome et écrivit à son propos: « Rome, la capitale du monde, la reine de toutes les villes, le siège de l’empire, le rocher de la foi catholique, la source de tout exemple mémorable ». Il désirait par-dessus tout que cette glorieuse cité retrouve son lustre et il accueillit avec enthousiasme l’arrivée du tribun Cola di Rienzo en 1347. Lui, qui avait reproché à Cicéron le prix trop élevé que lui avait coûté ses prises de position, adhéra inconditionnellement au projet politique de di Rienzo et mit fin à ses rapports avec les Colonna.

Cependant, il désirait par-dessus tout que les papes quittent Avignon et reviennent à Rome. Il s’y employa, sans succès, pendant son long séjour en France, où il s’était installé vers 1338. Il aménagea dans le Vaucluse une demeure avec une bibliothèque où il se rendait régulièrement pour méditer et pour écrire.  C’est dans cette région, qu’il considérait comme « sa Rome, son Athène, sa patrie », qu’il conçut la quasi totalité de ses oeuvres (De Viris IllustribusAfrica, De Vita Solitaria, Psalmi Penitentiales, De Ocio ReligiosorumSecretum meumDe otio religioso).

Mais la proximité d’Avignon et l’éloignement par rapport à l’Italie l’incitèrent à organiser son retour au pays en 1353. Alors qu’il était au faîte de sa gloire, il reçut par l’intermédiaire de son ami Boccace une invitation à venir enseigner à l’université de Florence. La propriété familiale qui avait été séquestrée en 1302 lui était rendue et les charges contre sa famille levées. Mais il refusa et n’alla jamais à Florence.

Il s’installa d’abord à Milan où il travailla comme ambassadeur pour les seigneurs Visconti pendant neuf ans. En 1362, lorsque la peste noire éclata dans la plaine du Pô, il trouva refuge à Venise où il resta cinq ans. Il y écrivit De RemediisFamiliariSenili et De sui ipsius et multorum ignorantia. En 1367, il s’installa avec sa fille à Arqua, près de Padoue. Il y écrivit Apologia contra Gallum, où il se déclare contre la thèse favorable au maintien de la papauté en Avignon.

Pétrarque mourut le 19 juillet 1374 d’une crise d’apoplexie.

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