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Lorsque le réalisateur Mario Monicelli, en 1982, fait dire à son personnage fictif, le Marquis del Grillo, ce vers qui lui est resté attaché, Io sò io, e vvoi nun zete un cazzo, il le tire d’une oeuvre magistrale de 2’279 sonnets, écrite en romanesco et jamais publiée du vivant de son auteur, Giuseppe Gioachino Belli.

Né à Rome en 1791, Giuseppe Gioachino Belli descend d’une longue lignée de computistes. Sa famille fait partie de la petite bourgeoisie, mais sa situation économique se dégrade lorsque le père meurt du choléra en 1802. En 1807, à la mort de sa mère, Belli doit interrompre ses études chez les Jésuites et il commence à travailler dans l’administration ecclésiastique.

Dès 1805, il écrit des poèmes et se passionne pour la médiation qu’opère le langage entre le sentiment et la pensée. En 1810, il entre à l’Accademia degli Elleni, mais il s’en retire en 1913 pour fonder avec Antonio Coppi l’Accademia Tiberina, consacrée à l’étude des langues classiques, à l’italien et à la culture romaine. Il écrit plusieurs textes, de genres différents: des comédies, des pièces de théâtres ou des adaptations de textes sacrés.

En 1816, il épouse une riche veuve, ce qui soulage sa situation financière et lui permet d’entreprendre plusieurs voyages à travers l’Italie. Il visite Venise, Naples et Florence. A Milan, il découvre l’oeuvre de Carlo Porta écrite en « langue milanaise » et comprend la dignité artistique du dialecte et la force satirique que le réalisme populaire est capable d’exprimer.

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De 1830 à 1839, il écrit plus de 2’000 sonnets en romanesco et décrit la Rome pontificale du XIXe siècle. Avec humour et une infatigable capacité à la satire, il dépeint la mentalité des gens du peuple, leur esprit salace, désenchanté, parfois sournois et toujours égocentrique, à travers les grands thèmes de la vie quotidienne de l’époque. Il détaille la hiérocratie de la Rome du Pape Roi, les liturgies et les rites religieux vus par l’oeil du commun. Malgré ses dénonciations du monde corrompu de l’Eglise romaine et de la Rome du XIXe, son oeuvre ne sera jamais définie comme blasphématoire. Ses vers, fréquemment obscènes, parfois chargés d’érotisme, et reflétant la vulgarité et les intuitions acerbes du peuple, sont toujours savamment travaillés pour maintenir le rythme à l’intérieur des structures formelles du sonnet et Belli nous donne ainsi un aperçu des multiples combinaisons que le dialecte romain de l’époque permettait, avant sa stratification actuelle.

Il ne publie jamais cette oeuvre. Bien que souvent critique dans ses sonnets à l’égard du Pape et du clergé, il est dans la vie réelle plutôt conservateur et ne désire pas se mettre en porte-à-faux par rapport à son employeur. Mais il organise des récitals et son oeuvre entre dans la tradition de la transmission orale.

A la mort de sa femme, en 1837, sa situation financière se dégrade à nouveau et Belli devient très amer à l’égard du monde qui l’entoure. Il perd beaucoup de sa vitalité créative et écrit son dernier sonnet en romanesco en 1849. Il trouve un emploi comme inspecteur de censure artistique et politique dans le gouvernement du Pape et, à ce titre, interdit la diffusion des oeuvres de William Shakespeare, Giuseppe Verdi et Gioachino Rossini. Il meurt en 1863, suite à une attaque cérébrale. Contrairement à sa volonté testamentaire qui était de les brûler, son fils heureusement conserve les sonnets qui seront plus tard publiés et même traduits en anglais.

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