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Norberto Bobbio naquit en 1909 à Turin dans une famille aisée, une famille qu’il décrira comme “philo-fasciste qui considérait le fascisme comme un mal nécessaire contre le danger plus grand que représentait le bolchevisme.” C’était un enfant qui aimait la poésie, Bach et La Traviata. Il étudia au lycée d’Azeglio où il rencontra, entre autres, Vittorio Foa, Leone Ginzburg et Cesare Pavese et où il suivit les enseignements d’Umberto Cosmo et Zino Zini. Sa jeunesse se passa ainsi entre un fascisme patriotique convaincu en famille et un anti-fascisme aussi ferme de la part de ses professeurs et de ses camarades. Comme beaucoup de jeunes à l’époque, il s’inscrivit au parti national fasciste en 1928. A l’université, il suivit les cours de Luigi Einaudi et il obtint, en 1931, sa licence en droit avec une thèse intitulée “Philosophie et Dogme (Science) du Droit”. En 32, il partit quelques mois à l’université de Marbourg, en Allemagne, où il étudia les théories de Karl Jaspers sur l’existentialisme. Il revint en Italie et, en 33, passa sa licence en philosophie avec une thèse sur Edmond Husserl et la phénoménologie. En 34, il publia son premier livre: L’indirizzo fenomenologico nella filosofia sociale e giuridica.

En 1935, il fut arrêté avec ses amis du groupe anti-fasciste “Giustizia e Libertà”, mais la réputation clairement fasciste de sa famille lui permit une réhabilitation totale. Il écrivit alors à Benito Mussolini en lui affirmant ses convictions fascistes et, quelques mois plus tard, il obtint la chaire de la philosophie du droit à Camerino. En 39 et en 40, il prêta serment de fidélité au fascisme afin d’obtenir une chaire à l’université de Sienne, puis à l’université de Padoue. En 1942, il rejoignit le Partito d’Azione, un parti clandestin républicain et socialiste modéré, d’orientation radicale, créé par les sympatisans du groupe Giustizia e Libertà sur le modèle de celui créé au milieu du XIXe siècle par Giuseppe Mazzini. Il fut arrêté et emprisonné de décembre 43 à février 44 à cause de ses activités clandestines. Après la guerre, il se présenta aux élections de l’Assemblée constituante, mais ne gagna pas de mandat. Devant l’échec de son parti dans une Italie de l’après-guerre dominée par les Démocrates Chrétiens, il se retira de la vie politique et se consacra aux études académiques, principalement sur les deux sujets qu’il avait définis comme base de ses recherches: la philosophie du droit et la philosophie politique.

Du Partito d’Azione, il écrira en 1995: « L’idéal fondamental de ceux qui agissaient dans le Partito d’Azione était une démocratie sans adjectif. C’était la lutte politique, la compétition des partis dans des élections libres, qui devaient déterminer le type de démocratie qu’allaient avoir les Italiens. (…) Ce que nous n’avions en revanche pas prévu, c’est que la démocratie en Italie allait être forgée par la Démocratie chrétienne, qui n’avait joué qu’un rôle mineur dans la résistance. Nous avons dû avouer avec amertume que les communistes et le Parti d’Action avaient fait la résistance, mais que la Démocratie chrétienne avait gagné les élections. »

En 1945, il publia une antologie des écrits de Carlo Cattaneo, intitulée Stati uniti d’Italia, où il faisait valoir que l’idée du fédéralisme comme union d’états différents est dépassée une fois que l’union nationale a eu lieu. Selon lui, le fédéralisme doit être considéré comme la “liberté théorique” des différents participants de pouvoir s’exprimer à travers les formes modernes de la démocratie directe.

En 1948, il fut appelé à la chaire de la philosophie du droit de l’université de Turin, où il donna des cours sur la théorie de la science juridique, la théorie de la primauté du droit, la théorie de la commission juridique et le positivisme juridique. En 1962, il fonda avec Alessandro Passerin d’Entreves la faculté de science politique à Turin, puis il reprit la chaire de philosophie politique de 72 à 79. Même s’il disait que les nominations universitaires étaient “onéreuses et sans honneur”, l’enseignement était pour lui l’activité de sa vie et pas seulement une profession.

La politique devint de plus en plus un thème majeur dans sa formation intellectuelle et universitaire et, parallèlement à des publications d’ordre juridique, il publia, en 1955, Politica e cultura, une oeuvre considérée comme le jalon de sa carrière, puis en 1969, Saggi sulla scienza politica in Italia. Ses cours et ses écrits l’amenèrent à devenir membre de l’Accademia dei Lincei et de la British Academy.

Reconnaissant l’influence d’une figure intellectuelle majeure de l’Italie d’après-guerre, le président Sandro Pertini le nomma sénateur à vie en 1984. Il reçut le prix Balzan (droit et sciences politiques) en 1994, ainsi que les diplômes honoris causa des universités de Paris, Madrid, Bologne, Sassari, Camerino et Buenos Aires.

Norberto Bobbio mourrut en 2004 à Turin et, en 2009, pour célébrer le centenaire de sa naissance, une centaine de personnalités italiennes et internationales créèrent un comité pour promouvoir le dialogue et la réflexion sur la pensée de Bobbio et sur l’avenir de la démocratie.

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