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Les Quatre journées de Naples sont un événement historique qui s’est déroulé entre les 27 et 30 septembre 1943. Il s’agit du soulèvement populaire par lequel les Napolitains, aidés de soldats de l’armée italienne fidèles au Regno del Sud, ont réussi à libérer la ville de l’occupation des forces armées allemandes avant l’arrivée des Alliés. L’événement, qui a valu à Naples la remise de la  médaille d’or à la valeur militaire, a évité que Naples ne soit réduite «en cendres et en boue» comme l’avait demandé Hitler et a empêché la déportation de masse voulue par le commandement allemand.

Lorsque l’armistice, signé le 3 septembre 1943 à Cassibile, fut annoncé publiquement le 8 septembre, les forces armées italiennes furent totalement prises au dépourvu. Les officiers apprirent l’armistice sans qu’aucune directive ne leur ait été donnée sur la conduite à tenir. A part quelques unités qui choisirent de passer ouvertement dans le camp allié ou qui décidèrent de poursuivre le combat au côté des Allemands, l’appareil militaire dans son ensemble se désintégra en quelques jours. Les forces allemandes présentes sur le sol italien, préparées à l’événement depuis la chute de Mussolini, lancèrent l’opération Axe qui leur permit de prendre presque immédiatement le contrôle de l’ensemble du territoire non encore occupé par les Anglo-Américains. Les troupes italiennes furent désarmées, une grande partie internée, le reste se dispersa ou tenta de rentrer chez soi.

A Naples, la situation était chaotique. La population, déjà fortement ébranlée par les récents bombardements alliés, dont celui du 4 août qui avait fait 3 000 morts, était inquiète de la déroute de son armée et de la démission de ses autorités. Les mouvement de résistance contre les Allemands commencèrent et s’intensifièrent au fil des jours. Un premier affrontement meurtrier eut lieu le 10 septembre, qui provoqua en représailles de la part des Allemands l’incendie de la Bibliothèque nationale Vittorio Emanuele III. Le 12, des dizaines de soldats allemands furent tués dans les rues de la ville, alors qu’environ 4 000 citoyens napolitains (civils et militaires) furent déportés pour le travail obligatoire. Le commandant des forces allemandes, le colonel Walter Schöll, imposa alors le couvre-feu et proclama l’état de siège, avec ordre de fusiller tous les responsables d’actions hostiles aux troupes allemandes et de venger au centuple chaque soldat allemand tué ou blessé.

Le 23 septembre, Schöll fit évacuer toute la zone côtière jusqu’à une distance de 300 mètres de la mer. En pratique, 240 000 citoyens furent contraints d’abandonner en quelques heures leur résidence pour permettre la création d’une « zone militaire de sécurité » qui semblait annoncer la destruction du port. Presque au même moment, une annonce du préfet ordonna la mobilisation au service du travail obligatoire de tous les hommes âgés de 18 à 33 ans. Il s’agissait d’une déportation forcée vers les camps de travail de l’Allemagne. Comme les Allemands n’obtinrent pas le résultat souhaité (seuls 150 hommes répondirent à l’appel, au lieu des 30 000 prévus), Schöll annonça sa décision d’envoyer des patrouilles ratisser la cité et fusiller les résistants.

Ces deux mesures, ajoutées aux exécutions aléatoires, aux saccages, aux rafles arbitraires, à la misère et aux destructions causées par la guerre, écrasèrent la ville tout entière. Désormais, la colère et l’exaspération des Napolitains était à son comble et, bien que désorganisés, ceux-ci furent unis par un désir commun de se libérer de l’envahisseur allemand. Spontanément, de tous les coins de la ville, les habitants de tous les milieux, quel que soit leur âge, descendirent dans la rue pour s’organiser et pour prendre les armes. Plusieurs soldats italiens qui avaient pris le maquis quelques jours auparavant s’unirent à eux.

Suivirent quatre journées de combats acharnés entre la population et l’armée allemande. A partir du 27 septembre, les insurgés multiplièrent les attaques contre les soldats allemands, alors que ces derniers raflaient plusieurs milliers d’hommes qu’ils rassemblèrent dans le stade Collana. La troisième journée, le 29 septembre, fut la plus féroce. Les Allemands attaquèrent avec des chars d’assault face à une résistance qui s’organisait de mieux en mieux. Cependant, en fin de journée, parce qu’ils craignaient l’arrivée des forces militaires alliées provenant du sud, les Allemands acceptèrent de rencontrer les insurgés pour discuter d’un accord sur la libération des prisonniers italiens gardés en otage dans le stade en échange d’un droit de passage leur permettant de quitter la ville. Pour la première fois depuis le début de la guerre, les Allemands négocièrent avec des insurgés. Le 30 septembre, les forces allemandes se retirèrent, tandis que leurs batteries situées sur les collines de Capodimonte pilonnaient le centre de Naples jusqu’au soir.

Le 1er septembre 1943, les alliés entraient dans une ville exsangue, mais libre!

Un monument « aux enfants », figures symboliques de l’insurrection, se trouve sur la Place de la République. Réalisé par le sculpteur Marino Mazzacurati en 1963, il s’agit d’une statue de pierre représentant des enfants sur chacun de ses quatre côtés.

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