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Les Alpini sont des troupes de montagne de l’armée italienne, rattachées à l’infanterie. Créé en 1872, c’est le plus ancien corps d’infanterie de montagne du monde qui, à l’origine, devait défendre les frontières du nord de l’Italie face à la France et à l’Empire austro-hongrois.

A la fin de la guerre franco-prussienne de 1870, le ministre de la guerre italien, Cesare Ricotti-Magnani, proposa une restructuration complète de l’armée selon le modèle prussien, basée sur l’obligation générale du service militaire de courte durée. Dans ce cadre, il fut également discuté de la défense des frontières septentrionales de terre qui, jusque là, avait été déclarée impossible. Tout envahisseur venant de l’autre versant de l’arc alpin devait affronter les barrières naturelles des vallées fortifiées et ne rencontrait une défense militaire organisée qu’au niveau de la vallée du Pô.

En 1971, le capitaine d’état-major, ancien professeur de géographie, Giuseppe Domenico Perrucchetti, publia une étude intitulée ”Considerazioni su la difesa di alcuni valichi alpini e proposta di un ordinamento militare territoriale nella zona alpina” dans laquelle il proposa que la défense des vallées alpines soit confiée à des soldats recrutés localement qui, par leur connaissance du terrain et leurs liens dans la région, seraient ainsi les plus capables et les plus motivés pour les défendre. Il souligna les contradictions du système en place qui concentrait le recrutement dans les plaines, provoquant retards et difficultés logistiques, sans parler du manque de compréhension de l’environnement et de cohésion sociale.

Cinq mois plus tard, la proposition de Perrucchetti, considéré comme le « père des Alpins » , fut acceptée et, le 15 octobre 1872, par décret royal, 15 compagnies alpines furent créées, chacune composée de 120 soldats et un officier provenant d’une même vallée. La rapidité de cette décision provoqua des insuffisances au niveau de l’organisation logistique des soldats et les Alpini reçurent l’uniforme de l’infanterie, très mal adapté aux conditions de montagne (shako en feutre, manteau de laine porté directement sur la chemise, jambières et chaussures en toile). L’armement se composait d’un fusil récent, le Vetterli 1870, en ligne avec les armes à feu utilisées par les armées européennes, mais dont le poids et la longueur étaient inadaptés pour les mouvements sur terrains accidentés. Chaque compagnie ne disposait que d’un mulet et d’une charrette pour le transport des provisions, des munitions et du bois de chauffage.

Mais ces insuffisances ne tempérèrent pas l’enthousiasme du corps qui s’agrandit à 24 companies en 1873, divisées en 7 bataillons. En 1875, on se rendit compte que la zone couverte par chaque compagnie était trop grande et on augmenta le nombre de soldats à 250, avec un officier et quatre sous-officiers.  En 1877, 5 batteries d’artillerie furent formées et, l’année suivante, le corps fut augmenté à 36 compagnies organisées en 10 bataillons. En 1882, les compagnies atteignaient le nombre de 72, divisées en 20 bataillons, avec 8 batteries d’artillerie. Le tout était organisé en 6 régiments et 2 brigades d’artillerie.

Les Alpini firent leur baptême du feu bien loin de leurs chères montagnes. 954 Alpini furent envoyés en Ethiopie et participèrent à la bataille d’Adoua le 1er mars 1896. 92 seulement reviendront vivants. La première médaille d’or à la valeur militaire du corps fut décernée au capitaine Pietro Cella qui se sacrifia, avec sa compagnie, en occupant une des collines principales du champ de bataille jusqu’au matin du 2 mars, sécurisant ainsi la retraite du restant de l’armée italienne.

Dans les premières années du siècle, l’équipement et l’uniforme des Alpini furent changés et adaptés aux conditions de montagne. Les skis furent introduits en 1902, après une saison d’essai et des cours de formation en Suisse et en Norvège.

Lors de la guerre italo-turque en 1911, les Alpini connurent leur deuxième baptême du feu, à nouveau dans le désert. Une semaine après le déclenchement des hostilités, les premiers contingents d’Alpini débarquèrent à Tobruk. Ce qui était censé être une occupation facile et victorieuse se révéla être une campagne de longue haleine improvisée à cause de la sous-estimation des forces ennemies et de l’acharnement de la résistance. Les côtes furent maîtrisées assez rapidement et les combats se concentrèrent à l’arrière-pays dans le désert. Les effectifs italiens passèrent de 35’000 à 100’000 hommes et les Alpini envoyèrent des bataillons supplémentaires. Après la signature du traité de Lausanne qui marqua la fin de la guerre, les Alpini laissèrent quatre bataillons et trois batteries de montagne en Lybie où ils démontrèrent un courage et une capacité d’adaptation vraiment exceptionnels face aux opérations de guérilla effectuées par la population locale dans un environnement particulièrement hostile.

Le 24 mai 1915, avec l’entrée en guerre de l’Ialie, les Alpini furent appelés pour la première fois à défendre les frontières italiennes et ils occupèrent les points les plus importants et inaccessibles de l’arc alpin. Ils participèrent aux batailles les plus sanglantes comme celles du Mont Ortigara et de Caparetto, jusqu’à la résistance sur le monte Grappa et le haut-plateau des Sept-Communes, et la dernière contre-offensive du général Armando Diaz à Vittorio Veneto qui mena à la capitulation de l’Autriche-Hongrie le 4 novembre 1918. Il n’est pas surprenant que le premier mort de l’armée italienne de cette guerre fut Riccardo di Giusto, un Alpino du 8ème régiment, tué par un tireur d’élite autrichien le 24 mai à minuit. Sur la totalité du 1er conflit mondial, les Alpini subirent des pertes qui se chiffrent à plus de 35’000 tués et 80’000 blessés. Il n’est pas facile de déterminer de façon exacte le nombre d’Alpini mobilisés, car les pertes étaient rapidement remplacées par des nouvelles recrues qui ne venaient plus seulement des Alpes, mais aussi des Apennins, mais le chiffre de 100’000 n’est pas exagéré. C’est pendant cette guerre que la valeur des Alpini, leur esprit de corps et leurs insignes sont devenus connus et les célèbres chansons des Alpini ont été composées.

Avec l’avénement du fascisme, les forces armées italiennes furent réorganisées dans leur totalité. La défense des frontières fut mise sous la responsabilité de la Guardia alla Frontiera, tandis que les Alpini étaient employés aux endroits où il y avait nécessité militaire, même dans des actions offensives et en dehors du territoire alpin. En 1934, à Aoste, fut créé le Centre alpin d’instruction, appelé aussi École militaire centrale d’alpinisme. Au fil des années, il est également devenu un centre d’excellence pour la préparation dans le domaine des sports d’hiver, à tel point qu’il a été surnommé Université de la montagne.

Lorsque l’Italie déclencha la seconde guerre d’Ethiopie en 1935, le général Pietro Badoglio écrivit à Mussolini: “Pour prendre l’Abyssinie, nous voulons les Alpini.” La cinquième division alpine, la Pusteria, fut envoyée à Massawa, où elle participa à des opérations de guerre, dans les batailles d’Amba Aradom, d’Amba Alagi et de Mai Ceu. Elle reviendra en Italie en 1937, avec seulement 220 pertes.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Alpini se battirent en Italie, en France, en Grèce, en Yougoslavie, en Albanie et en Afrique. En 1942, un corps d’expédition fut envoyé sur le front de l’Est, en Russie, pour former la 8ª Armata Italiana in Russia (ARMIR), composée de 200’000 hommes, dont 57’000 Alpini des trois divisions CuneenseTridentina et Julia. A la place d’être déployées dans le Caucase, comme spécifié lors de la planification italo-allemande, elles furent envoyées sur le front dans la plaine uniforme du Don. En conséquence de cette décision stratégique désastreuse, les troupes se retrouvèrent à combattre en avant-garde contre des forces blindées et motorisées avec seulement 4’800 mulets et 1’600 véhicules, sans armes anti-chars, ni artillerie antiaérienne, et avec des moyens de transmission conçus pour une utilisation en montagne à courte distance. Malgré cela, les Alpini tinrent jusqu’en janvier 43, lorsque le front de l’Axe s’effondra, et ils se retrouvèrent encerclés par l’armée soviétique. Ils réussirent à briser l’étreinte et devinrent le dernier bastion de l’ensemble des forces germano-italo-hongroises. La division Tridentina perdit deux tiers de ses hommes, la Julia en perdit 9 sur 10. Quant à la Cuneense, elle fut complètement anéantie. Aucun historien ne saurait rendre justice au sacrifice, au courage et à la force de ces soldats. Seule la littérature écrite par les rescapés peut décrire ce qu’ils ont vécu en Russie (“Centomila gavette di ghiaccio” et “Nikolajewka: c’ero anch’io” de Giulio Bedeschi; “Il sergente nella neve” de Mario Rigoni Stern; “Mai tardi“, “La guerra dei poveri” et “La strada del Davai” de Nuto Revelli; “I più non ritornano” de Eugenio Corti).

Après l’armistice de Cassibile du 8 septembre 1943, les Alpins furent employés dans les deux déploiements opposés : au sein de la République sociale italienne (division alpine Mont-Rose, à laquelle s’ajoutèrent d’autres unités alpines faisant partie de la division Littorio) et dans l’armée royale italienne (bataillons Piémont et L’Aquila). Certains Alpini prirent le maquis pour combattre aux côtés des partisans.

Après la guerre et avec l’entrée de l’Italie dans l’OTAN, les forces armées subirent une nouvelle restructuration. Les Alpini furent utilisés dans des opérations internes civiles et ont été déployés en Afghanistan.

Depuis sa création, le corps alpin a reçu 10 croix de l’Ordre militaire italien, 10 médailles d’or à la valeur militaire, 1 médaille d’or à la valeur civile et une dizaine d’autres décorations. Sa devise ”Di qui non si passa” (“Par ici, on ne passe pas“) vient du général Luigi Pelloux, qui en octobre 1888, lors d’un banquet officiel donné en l’honneur de l’empereur d’Allemagne en visite a Rome, a conclu son discours sur les Alpini en disant: « essi simboleggiano quasi, all’estrema frontiera, alle porte d’Italia, un baluardo sul cui fronte sta scritto “Di qui non si passa“ ».

« ils symbolisent, à l’extrême frontière, aux portes d’Italie, un rempart sur lequel il est écrit “Par ici, on ne passe pas” »

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