Mots-clefs

Le jardin de Boboli est un parc public situé à l’arrière du palais Pitti, sur la colline de Boboli. Commencé au XVIe siècle sous Cosimo Ier de Médicis, duc de Florence, sa superficie tripla pendant le règne de Cosimo II au début du XVIIe siècle. Il a la forme d’un long triangle avec deux axes presque perpendiculaires qui se rejoignent au niveau de la Fontaine de Neptune, et est composé d’allées et de terrasses, de grottes et de clairières, avec des statues, des lacs et des fontaines, offrant des vues spectaculaires sur la ville. La partie la plus proche du palais est agencée selon le style de la Renaissance, alors que les extensions présentent de magnifiques exemples d’architecture maniériste ou rococo. Les jardins furent commencés par l’architecte Niccolò Tribolo et poursuivis par Bartolomeo Ammanati. Les grottes furent conçues par Giorgio Vasari et Bernardo Buontalenti sculpta les statues.

La première partie du jardin s’avance à l’arrière du palais en direction du Forte Belvedere, selon un axe rectiligne. A l’endroit où la colline avait été creusée pour prélever la pietra forte utilisée pour la construction du palais, l’architecte Niccolò Tribolo a conçu un profond amphithéâtre en forme de fer à cheval. A l’origine cloisonné par des bosquets, il fut par la suite reconstruit en maçonnerie et décoré de statues illustrant la mythologie romaine. En son centre se trouvait la Fontana dell’Oceano qui fut déplacée au XVIIe siècle à l’extrémité sud-ouest du jardin, afin de rendre possible l’utilisation de l’amphithéâtre pour des spectacles. En 1790, le grand-duc Léopold Ier de Toscane fit installer un obélisque datant de 1’500 av. J.-C. et venant d’Héliopolis. Cet obélisque avait été apporté à Rome par l’empereur Domitien et placé devant le temple d’Isis sur le Champ de Mars. A sa découverte, au XVIe siècle, il avait été déplacé dans le jardin de la Villa Médicis à Rome, puis transporté à Florence en 1788 par le grand-duc pour embellir l’amphithéâtre. En 1840, il a été couplé avec un bassin de granit gris taillé dans un bloc unique et venant probablement des thermes de Néron à Rome.

Par une double rampe ornée de trois statues de l’époque romaine, on arrive au bassin de Neptune. Il fut créé en 1777, en remplacement d’une pépinière. Dans ce bassin sont rassemblées les eaux qui irriguent l’ensemble du jardin et dont la source se trouve un peu plus en amont, sous le jardin del Cavaliere. En son centre, une statue de Neptune, émergeant d’un éperon rocheux, est considérée comme le chef-d’oeuvre du sculpteur maniériste Stoldo Lorenzi. Avec humour, les Florentins ont surnommé cette fontaine la ”Fontana del forcone” ou “della forchetta”, en raison du trident que Neptune tient dans ses mains. Au sommet de cette zone, il y a une petite place accolée au belvédère avec une statue de l’Abondance sculptée dans du marble blanc par Pietro Tacca en 1636, qui représente l’épouse de Francesco Ier de Médicis, Jeanne d’Autriche.

Dans la partie la plus haute du jardin, au-dessus des remparts, se trouve le jardin clos del Cavaliere. Il doit son nom au fait que, dans le vocabulaire militaire, lorsqu’une fortification se trouve plus haute que les bastions qui l’entoure, elle porte le nom de cavalier. On y accède par un double escalier circulaire conçu par Zanobi del Rosso entre 1790 et 1793. Le jardin est décoré de haies de buis, taillés bas, qui créent des formes géométriques et qui entourent des espèces rares de dahlias et de roses. La fontaine centrale est appelée la fontaine des Singes, en raisons des trois petits singes en bronze assis à son pied. Le casino del Cavaliere, petit manoir construit par del Rosso pour Cosimo III, a été conçu pour accueillir les festivités estivales de la cour. Actuellement, il abrite le Musée de la Porcelaine. La position privilégiée surplombant l’arrière de Boboli offre une vue panoramique sur les collines jusqu’à la Torre del Gallo à Arcetri.

A la gauche de ce premier axe, la Casa del Caffè est un pavillon construit dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle par del Rosso et commandité par Léopold Ier qui venait y prendre le café avec sa cour. Il est de style rococo exotique et fortement influencé par le mouvement orientaliste apprécié à la cour des Habsbourg-Lorraine. Le pavillon est coiffé d’une coupole avec fenêtres et terrasse et surplombe une petite grotte dont l’entrée est entourée par un escalier à double rampe.

La Grande Grotte ou la Grotte de Buontalenti est un des autres bijoux que recèle le jardin. Sur la demande de Francesco Ier, elle a été commencée par Giorgio Vasari qui a créé la partie inférieure de la façade, mais c’est principalement Bernardo Buontalenti qui l’a construite entre 1583 et 1593. L’ensemble de la grotte est considéré comme un chef-d’oeuvre du style maniériste. La première salle est décorée avec des éléments de peinture et de sculpture créés pour provoquer une sentiment d’émerveillement. Le thème est la matière informe et le chaos qui, à travers la métamorphose, tendent vers l’ordre et l’harmonie, allusion à l’alchimie si chère à Francesco Ier. Des roches, des stalactites, des roches spongieuses et tourmentées et des coquillages semblent prendre vie, en composant des figures anthropomorphes et zoomorphes, sculptées par Pietro Mati. Dans les coins, les copies des Quatre Prisonniers de Michel-Ange semblent émerger de la roche informe. Des fresques, peintes par Bernardino Poccetti, se fondent dans les autres éléments, en se poursuivant jusqu’au plafond en forme de rotonde avec un oculus au centre duquel filtre la lumière. A l’époque, des jeux d’eau faisaient perler l’eau des plafonds vers des vasques disposées en bas et, sous l’oculus, se trouvait un bassin avec des poissons. Au centre de la deuxième salle se trouve un groupe de marbre, Pâris enlevant Hélène, de Vincenzo de Rossi, datant de 1560. La troisième salle est dominée par la fontaine Vénus sortant du bain de Giambologna. La grotte représente un ensemble mythologique et philosophique qui introduit l’émerveillement de la nature dans la première salle, développe ensuite la crainte de la séparation dans la deuxième, puis se termine en apothéose par la vision de la beauté parfaite de Vénus dans la troisième.

Le deuxième axe du jardin descend par des terrasses et des jardins parsemés de statues allégoriques, vers la Fontana dell’Oceano, de Giambologna, placée sur une petite île au milieu d’un lac. Au centre se dresse une statue de Neptune, entouré de divinités fluviales représentant le Nil, le Gange et l’Euphrate qui déversent leurs eaux dans le grand bassin représentant l’océan. Le réservoir est fait de granit de l’île d’Elbe, avec un socle orné de bas-reliefs illustrant l’enlèvement d’Europe, le triomphe de Neptune et le bain de Diane.

Le jardin de Boboli est un exemple magnifique de la tradition toscane de transformer la nature en une oeuvre d’art par un unique agencement artistique des éléments naturels et décoratifs. En plus d’être le poumon de la ville de Florence et de réserver des vues splendides sur la ville et les collines environnantes, il représente un musée en plein air qui provoque l’émerveillement et la stupéfaction.

Lien externe

Publicités