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Sur la mer ionienne, à quelques kilomètres au sud de Crotone, en Calabre, une magnifique forteresse aragonaise se dresse, comme en pleine mer, sur une petite île reliée à la côte par une mince bande de terre.

Dans une région où la mythologie s’est toujours mélangée à l’histoire, la légende veut que la fondation d’Isola Capo Rizzuta ait été voulue par la soeur de Priam, Astyoché, qui désirait un centre habité près du temple de Héra Lacinia situé à Cap Colonna. Une autre explication, certainement plus plausible, est que l’empereur de Constantinople, Léon VI, aurait fait construire un évêché et une bourgade où les persécutés pouvaient se réfugier. Les documents byzantins les nommaient Aesylon (lieu sacré) en grec et, avec le passage du grec au latin, le nom se serait transformé en Insula. Isola di Capo Rizzuto, jolie ironie pour un village situé sur la terre ferme, apparaît pour la première fois officiellement dans un arrêté royal de 1863.

L’origine du petit hameau, Le Castella, où se trouve la forteresse, est entourée de mystère. La tradition populaire rapporte l’existence de nombreux autres châteaux situés sur des îles en face de la côte, dont Ogygie, l’île où Ulysse fut retenu pendant des années par Calypso. Ces îles, depuis disparues dans les flots, expliqueraient pourquoi le nom Le Castella est utilisé au pluriel.

La légende est remplacée par l’histoire en 304 avant J.-C. lors du traité d’amitié entre Rome et Tarente qui interdisait aux bateaux de guerre romains de passer à l’est du Cap Colonna. Afin de s’assurer une certaine sécurité, les Tarentins établirent un poste de surveillance à Punta Castella. Un siècle plus tard, Hannibal fut contraint de s’y réfugier avant son retour en Afrique du Nord et il y construisit une tour de guet qui devint ainsi le premier élément de l’actuel château aragonais. A son départ, les romains y établirent un campement permanent qu’ils appelèrent Luogo Castra, autre origine possible du nom Le Castella.

Du Xe au XIIe siècles, Castella fut occupée par les arabes qui voulaient contrôler la côte pour protéger leur émirat à Squillace. Lorsque la menace arabe disparut, le bourg s’agrandit et prospéra sous la protection des Angevins qui renforcèrent la tour de guet d’Hannibal. Mais à partir de la fin du XIIIe siècle, elle fut plusieurs fois le théâtre de batailles entre Angevins et Aragonais, passant finalement sous la domination des Aragonais. Au XVe siècle, ce sont donc ces derniers qui, sur la base de ce qui avait déjà été construit, agrandirent et fortifièrent la forteresse pour se défendre contre les Ottomans. Le résultat donna la structure actuelle qui couvre presque l’ensemble de la petite île.

Le Castella ne se remit jamais vraiment de ces guerres et, lorsque le destin de la ville rejoignit celui du royaume de Naples, puis celui de l’état italien, le château, seul, est resté comme un témoignage de l’histoire des hommes.

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